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OUVERTURE
DU COURS
DE
M.
SAINT-MARC GIRARDIN.
M.
Saint-Marc Girardin est monté un mercredi en chaire, a relevé
ses manches, a pris sous un de ses bras la Fantaisie, l’a troussée
vivement, et de sa férule a appliqué à la pauvre
fille, qui n’en pouvait mais, une rude fessée, aux
applaudissements généraux. — Elle avait beau crier,
l’innocente : Mais je suis l’Imagination ! Non ;
disait M.Saint-Marc, entre deux cinglées, tu n’es pas
l’Imagination, tu es la Fantaisie ! Toi, l’Imagination, le
vrai génie poétique ! — Non, tu es la
Fantaisie ; la contrefaçon, la parodie. — L’Imagination
qui peint les nobles côtés de la nature humaine !
toi, la caricature, toi le grotesque, toi, l’ambition personnelle !
— L’ambition personnelle ! disait la pauvre petite au
professeur de la Faculté. — Tais-toi, que je finisse.
L’Imagination qui se développe par l’étude et le
travail ! Toi, fille perdue, qui cherches ton inspiration dans
le caprice, les rêveries, les chimères !
L’Imagination ! toi, le faux génie des poëtes et
des romanciers modernes.
Ici
le professeur s’arrêta pour ravaler sa salive, et la
Fantaisie put s’esquiver, mais flagellée.
Eh !
donc ! voilà qui est convenu. l’Imagination s’appellera
l’Imagination au xviie
siècle, attendra un nom pour le xviiie,
et aura nom Fantaisie au xixe.
— On disait avant-hier : anciens et modernes ;
hier : classiques et romantiques ; on dit aujourd’hui :
imaginatifs et fantaisistes ! — Il n’y a rien de tel
vraiment que les gens d’esprit pour résoudre les
questions !
D’abord,
dit M. Saint-Marc, défalquons de la fantaisie Hoffman,
Jean-Paul, Swift et Sterne. J’en fais grand cas. — Le respect
humain, monsieur, le respect humain. Certaines personnes, quand elles
admettent le bénéficiaire de Sutton et l’homme de
Berlin, Tristan Shandy et le violon de Crémone, ne vous
rappellent-elles pas ces pères irréligieux, de bonne
compagnie, qui font faire la première communion à leurs
fils ?
« Le
brouillard n’a rien qui me charme, continue le professeur ; et
voilà pourquoi je n’aime pas la fantaisie. » « Le
comédien Baron ayant prié Corneille de lui expliquer
quatre vers, Corneille lui répondit : « Je ne
les entends pas trop bien non plus ; mais récitez-les
toujours. Tel qui ne les entendra pas, les admirera. »
« L’imagination
du xviie
siècle est la conception des grands caractères et des
grands sentiments. » Autrement dit : le sublime. M.
Saint-Marc rebaptise les idées : c’est une spécialité.
Les grands caractères ! les grands sentiments !
Vraiment, nous croirions faire injure à la sincérité
des opinions de M. Saint-Marc en le soupçonnant d’avoir lu
Jacques
et Honorine.
« Ce que je reproche d’ailleurs à la fantaisie,
c’est qu’elle est trop individuelle et trop égoïste. »
Ainsi le cœur de M. Saint-Marc bat avec celui des personnages
tragiques ; mais du moment que le héros n’est pas roi
ou empereur, qu’il ne parle pas tout le temps de la pièce en
roi ou en empereur, qu’il se nomme, par exemple, Triboulet ou
Chatterton, les larmes tarissent. Il faut convenir que M. Saint-Marc
a les larmes les plus obéissantes du monde. Ainsi, la lettre
d’Esther ne dira rien à M. Saint-Marc, parce qu’elle est
trop individuelle
et trop égoïste ;
mais il pleurera aux fureurs d’Œdipe, parce que cela a bien plus
un
coin d’idées et de sentiments généraux, parce
qu’il s’y retrouve lui-même.
Ainsi, M. Saint-Marc ne sera pas ému le moins du monde en
lisant la
Grenadière,
parce que c’est chose
individuelle et trop égoïste ;
mais il pleurera avec César sur le cadavre de Pompée.....
Merveilleuse faculté, et bien digne d’être applaudie
par cet auditoire qui, depuis
vingt-ans, a vieilli avec le professeur !
Eh !
monsieur, vous oubliez donc le succès toujours jeune, toujours
renouvelé de ce livre, le plus prodigieux et le plus
monstrueux livre de l’individualisme : les Confessions
de Jean-Jacques !
C’est que le doigt touche la chair vivante.
En
vérité, il fait peine, il fait honte à voir
donner pour des vérités ces doctrines souffletées
sur les deux joues depuis vingt ans, depuis trente ans, depuis
cinquante ans, par tous les succès, par toutes les gloires !
Voltaire,
un jour de franchise, disait que tout le monde avait encore plus
d’esprit que lui. M. Saint-Marc Girardin peut descendre de Lucien :
ses amis le disent ; mais est-ce une raison pour avoir plus
d’illusions que Voltaire ?
Nous
finissons : « Ce sont les fictions et les chimères
de nos jours de migraine que nous appelons nos jours d’imagination,
voilà la fantaisie moderne ! » — « Quelle
belle chose que le coup de l’étrier ! Une jeune femme
sur le pas de sa porte, le feu allumé qu’on aperçoit
au fond de la chambre, le souper préparé, les enfants
endormis ; toute la tranquillité de la vie paisible et
contemplative dans un coin du tableau ! Et là, l’homme
encore haletant, mais ferme sur la selle, ayant fait vingt lieues, en
ayant trente à faire ; une gorgée d’eau-de-vie,
et adieu. La nuit est profonde là-bas, le temps menaçant,
la forêt dangereuse ; la bonne femme le suit des yeux une
minute, puis elle laisse tomber, en retournant à son feu,
cette sublime aumône du pauvre : Que Dieu le protège ! »
Ceci
est une migraine d’Alfred de Musset.
Nous
sommes à attendre celles de M. Saint-Marc Girardin.
Edmond
et Jules de Goncourt.
________
LA
RUE LAFFITTE.
Autrefois,
— et cet autrefois est encore d’une bien fraîche date, —
les marchands de tableaux ne logeaient nulle part. Ils logeaient un
peu partout. Ils n’avaient point, comme certains commerces
prosaïques, une rue inféodée à leur
industrie. Il y avait la rue Cléry pour les meubles, la rue
Guérin-Boisseau pour les bottes. Il n’y avait point de rue
pour les Véronèse, signés Couture, ou les
Canalette, signés Ziem.
Ce
fut Beugniet, je crois, qui inventa la rue Laffitte. La rue Laffitte,
cette rue de toutes les bohêmes, où tous les ateliers
descendent, fut merveilleusement trouvée. Elle va comme vous
savez de Bréda à Tortoni. Aussi tous les moutons
sautèrent. Les derniers arrivés prirent la queue dans
les rues adjacentes. Chaque jour ce fut une nouvelle vitrine ;
et cette artère touristique de Paris devint comme le relais de
la grande exposition, comme un lever de rideau qui fait attendre la
grande pièce ; ce fut comme un bazar où la
boutique appela la boutique. Cornu, Jules, de Peyrelongue, allumèrent
leurs becs de gaz, montrèrent qui un Diaz, qui un Dupré,
qui un Troyon, qui un Hoguet, qui dans un rez-de-chaussée, qui
à une fenêtre, qui dans un magasin tout doré
comme un salon du dernier siècle ; et dans une
arrière-pièce de ce rez-de-chaussée, dans un
débarras de cette chambre, dans un boudoir de ce salon, se
donnèrent rendez-vous les artistes, et je ne dirai pas les
amis des artistes, — Henri Monnier les a tués, — mais les
amis des amis de l’art ; et ce fut, comme après la
grande peste de Rome, des mains serrées, des mots inchangés,
des idées prêtées entre les Michelagnolo, les
Giulo Pippi, les Gianfrancesco, les Cellini, les Aurelio d’Ascoli,
et un peu aussi les Pantasilea de la moderne pléiade : la
boutique devint atelier, et le marchand amateur.
Beugniet.
— Un Christ de Delacroix, vieille connaissance du Salon que le
public réadmire. — D’éblouissantes débauches
de couleur de Diaz ; — Le Rubens du chevalet est représenté
par deux petites toiles. Dans l’une, un Escalier où
descendent des pêcheurs, M. Isabey semble avoir un peu divorcé
avec la lumière et le gras des contours ; mais l’autre,
un Intérieur d’église bretonne, a toutes les
anciennes qualités, peut-être même un peu plus
sérieuses, de la spirituelle peinture. — Deux vieux Hoguet,
bien pleins de brouillard, bien râpeux et bien grenus, du temps
que ses ciels n’avaient pas encore tournés à la
faïence. — Un Roqueplan, plein de mélancolie, mais qui
a le malheur des Roqueplan, d’avoir le dessin des lignes cerclé.
— Un Loubon. Un homme à cheval, qui pousse devant lui des
chevaux blancs ; fouillis de croupes blanches fuyant vers un
ciel bleu, sur un terrain calciné, brûlé,
poudroyant, pulvérulent. — D’Hervier : une Rue en
montée avec des plans de toits et un Moulin pyramidant ;
du gris, du sale, du fumier, des loques criardes, des masures
écloppées, un ciel tout noir de pluie d’hiver ;
et tout cela fouillé, plein air et de couleur. — Millet :
la Batteuse de beurre ; du réalisme qui fait rêver.
— Des Fauvelet, ce vignettiste heureux de la peinture à
l’huile. — Fromentin : Scènes des champs, originales,
à côté de celles de M. Millet. Peinture beurrée,
chaudement colorée. Seulement des terrains sans solidité,
dans lesquels s’emboueraient les rustiques chariots. — Un Effet
de matin de Troyon ; une naissance de jour sous un manteau de
brouillard, d’une science et d’une vérité
incroyables. Ce tableau a été lithographié par
François ; et l’on est à savoir qui du peintre
ou du lithographe a mieux attrapé le matin. — M. Beugniet
possède encore un Intérieur de forêt, le dernier
tableau qu’ait vendu Longuet.
Cornu
possédait un Ziem passé depuis en Belgique : une
Vue de Venise, comme Ziem sait en faire avec des lointains de palais
rosés, des ciels bleus dégradés dans le clair
des transparences méridionales, cette Adriatique, toute
clapotante de lumières, où semblent dormir, les ailes
pliées, ces vaisseaux à grandes voiles que le peintre
fait si bien reposer à l’ancre devant Saint-Marc, et ces
horizons fourmillants, et tout ensoleillés, avec des dômes
innombrables et des clochetons d’argent. — Si nous disions que M.
Ziem peint avec du soleil, on nous dirait que nous calomnions le
soleil ; de bien peu, vraiment. Maintenant Venise est à
M. Ziem : c’est son douaire ; et M. Joyant ne réclamera
pas. — L’Orient de Marilhat et de Decamps l’attend. Combien
l’attendront-ils ? — M. Ziem nous disait dernièrement
qu’il avait failli partir cet été à
Constantinople. — Nous avons un budget des arts. Est-ce que le
gouvernement devrait permettre à certains artistes d’arrêter
leurs projets avec le mot de panurge : Faulte
d’argent ?
Jules.
— Une Tête d’étude de l’école Couture, d’un
furieux effet et d’une merveilleuse assimilation du maître,
signée Hount ; une tête de femme du peuple vraie,
un type canaille,
à qui le peintre a donné je ne sais quel accent, comme
Auguste Barbier a peint le voyou, en lui donnant grande tournure. —
C’est le secret des forts de faire autre chose que du
daguerréotype.
De
Peyrelongue. — Sous ces lambris
d’or faits d’hier, où Mme
de Pompadour ne se trouverait pas dépaysée, une Marine
capitale d’Eugène Isabey. — Chèvres et Bouquins,
par Palizzi, deux pendants qui se recommandent par la vérité
et le bien touché. — Dumarescq : Un tableau de fruits,
d’un faire
large et osé. Verres et fruits, tout est éclairé
d’une seule touche ; — deux des plus jolis tableaux de
Villain, qui doit se garder des réminiscences de Beaume. —
Galetti : Une vue de Montmartre, en pleine pâte. Les
blancs crient peut-être un peu sur cette colline si noire. —
De Lessore, d’heureuses croquades. — Un Durand-Brager, d’une
belle dimension. La mer roule. Une barque en haut d’une vague saute
dans une trouée de lumière. Cette percée
d’argent au centre du tableau, dans ce ciel encore voilé, en
haut de cette mer sombre, est du plus heureux effet. — Tillot :
une Étude de coquelicots, grande et savante étude. —
La plus belle sans contredit de toutes les aquarelles de Deshayes. —
Dans les cartons, une série d’aquarelles de Hoguet, seconde
manière.
Plus de rehauts de gomme, plus de frottis, plus d’arrachis. Tout
est lavé, relavé, et comme estompé. M. Hoguet
cherche maintenant l’aquarelle sans ficelles ; mais cela
revient un peu au primitif. Les ombres non gommées perdent
l’éclat et la transparence. Les ciels sont toujours
prodigieux ; toujours ces pâtés de nuages gris
qu’il écrase si bien dans un ciel blanc. Mais les premiers
plans n’ont plus cet enlevé et cet avancé de ses
aquarelles du Musée du Havre, ou de celle encore que nous
avons vue à Lyon, une vieille femme tout en frottis, dont le
jupon rouge ressautait comme une jupe de Castiglione. — N’oublions
pas les pastels d’un jeune homme d’avenir, M. Pouthier.
Edmond
et Jules de Goncourt.
________
À
M. A. DE PONTMARTIN.
« MM.
Edmond et Jules de Goncourt... que l’ardeur du travail et le zèle
ardent de l’inspiration pourraient placer si haut. »
Jules
Janin,
Journal des Débats.
« MM.
Edmond et Jules de Goncourt... Vadius de tabagie. »
A.
de Pontmartin, Revue
des Deux Mondes.
Nous
ferons une simple question à M. A. de Pontmartin :
Croit-il que ce soit dans une tabagie ou dans une bibliothèque
que nous ayons trouvé la lettre inédite de Mme
de Maintenon ?
Edmond
et Jules de Goncourt.
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CHRONIQUE
DES THÉÂTRES.
THÉÂTRE-FRANÇAIS.
Nous
devons quatre-vingts lignes. Oui, madame, ni plus ni moins,
quatre-vingts lignes ! Le
Pour et le Contre,
c’est un proverbe d’Octave Feuillet. Vous avez vu ce petit volume
à couverture grise, en flânant rue Vivienne, à la
vitrine de Michel Lévy. M. Feuillet a fait ses premières
armes dans la Revue
des Deux Mondes.
Il est de l’école de l’esprit.
C’est
un talent charmant, distingué, féminin presque, à
qui le maître sourit. M. Feuillet affectionne le proverbe. Dans
ce petit cadre, il est à l’aise comme Metzu dans une petite
toile. Il a jeté bas l’intrigue pour aller à droite à
gauche, et aussi un peu pour que les personnages parlassent plus ;
et il fait de si jolis écarts, et il laisse parler ses gens si
bien, qu’on ne lui en veut pas longtemps. La scène n’est
ni ici ni là, elle est où il vous plaît. Peut on
mieux dire ?
Tantôt,
ce sont deux vieillards qui vous rappellent un Ménage
d’autrefois de Gorgol, — une nouvelle à lire, et qui fait
venir les larmes aux yeux ; tantôt, c’est un don
Quichotte du célibat, courant blés et châteaux,
avec un Sancho Pança qui ne demande qu’à peupler,
dirait d’Allainval.
Les
décors changent et varient : c’est un palais, puis une
chambre, puis une allée ; là, sur ce balcon, les
marmitons s’entretiennent ; ici, sous cette feuillée,
deux cœurs chuchotent ; plus loin, maris et femmes se boudent
et se raccommodent : LE POUR ET LE CONTRE.
Mme
la marquise va être trompée par son mari, absolument par
la seule raison qu’elle est sa femme. Dans un tête-à-tête,
la marquise plaide le pour des fautes de l’épouse, le
marquis plaide le contre ; puis c’est le marquis qui plaide le
pour des fautes de l’époux, et c’est la marquise qui
plaide le contre. Chacun prêche pour son saint, et chacun se
convertit, en ne laissant à M. Feuillet que le temps de faire
une charmante avocasserie de sentiment. « Allez en paix et
ne péchez plus ! » Et tout est pardonné.
Voilà le Pour et le
Contre ! le Pour et le Contre,
un charmant sous-titre du Caprice !
Ce soir donc, en allant rue Richelieu, nous nous attendions à
de la monnaie de Musset ; non pas du billon, mais bien de ces
petites piécettes reluisantes et frappées au bon coin
que Mme
de Léry eût mises en réserve pour la bourse
bleue. Mais nous avons eu à faire à MM. Nyon et
Laffite.
Avez-vous
vu la
Savonnette impériale ?
Donc
Derval s’est fait Brindeau ; Mme
Dupuis s’est faite Mme
Denain ; Pellerin, le dragon brosseur de la salle Montansier,
est devenu Tronchet, le hussard brosseur de la Comédie-Française. Il
n’y a qu’une Brohan de plus. Augustine Brohan promène à
travers cet amour inscrit au
budget des recettes du ministère de la guerre
un rire moqueur, une charmante robe rose et toutes les démangeaisons
coquettes d’une jeune femme qui se sent veuve jour et nuit d’un
mari absent.
Quelques
vieilles pensées rhabillées de neuf, quelques mots fins
et délicats, quelques emprunts spirituels à la langue
politique, ne réussissent pas à faire croire à
une comédie.
M.
Broussard, qui est né au Palais-Royal pour les jurons, et au
Gymnase pour les sentiments… Savez-vous, soit dit en passant, que
c’est une chose assez triste que le Palais-Royal desserve son grand
voisin. Le Théâtre-Français, qui garde si bien
certaines traditions, ne devrait plus se laisser prendre à ces
vaudevilles émondés de couplets. M. Gozlan a commencé
la contrebande ; mais il nous semble que Comme
on se débarrasse d’une Maîtresse
aurait dû être une leçon. Oui, nous jugeons cela
triste, que notre première scène française,
cette scène où passait hier Didier ou Octave, ce frais
rire et ces larmes poignantes, se fasse le rendez-vous des
clairvillades repenties !
Elles
sont inquiètes, nos deux veuves. Elles n’attendent pas, les
jeunes femmes ! c’est une justice à leur rendre. Elles
aspirent, elles espèrent, elles ont le cœur entre-bâillé.
Comme il n’y a pas de romans à la campagne, elles en font un
à propos de tout. Une tabatière en or trouvée
sur l’herbe, voilà le prétexte. Son nom, son âge ?
Ces dames essaient de juger sur tabatière ; la découverte
de la tabatière les rend fort perplexes sur la pose des pièges
à loup dans le jardin, ou de verrous à leur cœur…
Cré mille… ! C’est le colonel Broussard qui vient
fumer sa pipe dans le salon de Mme
de Blaves ; il apporte son brevet de mari signé par
l’empereur. Elle fera comme
la Catalogne, Mme
Denain. Supposant que l’homme à la tabatière est un
sien cousin, elle lui écrit qu’elle est prête à
l’épouser. — Pour le rôle que joue la tabatière
dans la pièce, on pourrait bien l’offrir à Lablache.
— Mais vous le savez déjà : Mme
de Blaves a trouvé un rustre du plus beau modèle chez
le colonel de hussards. Broussard l’a vue priser dans ladite
tabatière : ils doivent s’aimer. Ils s’aiment, et
tout s’arrange. Broussard est comte ; il chante, il peint des
fleurs, il fait des mots, il salue ; il se découvre ;
il ne s’assied que quand on est assis. Il a peut-être une
boîte de cachou sur lui.
Tout
s’arrange, et dans l’arrangement général regardez
le bonheur de Mme
de Chantreuil retrouvant son mari dans l’homme à la
tabatière ; un mari plein de confiance qui a acheté
un château aux environs pour expertiser en voisin la fidélité
de sa femme.
Le
public applaudit au bonheur de Mme
Brohan ; le public applaudit Brindeau et ses exagérations
de caserne ; il l’applaudit encore pour revenir si vite à
ce rôle dans lequel nous le tenons en grande estime :
l’homme de salon.
Et
nous recommençons notre romance :
Avez-vous
vu la Savonnette impériale ?
Edmond
et Jules de Goncourt.
GAÎTÉ.
L’histoire
de la claque se perd dans la nuit des temps.
Chez
les Romains, on distinguait trois variétés
d’applaudissements : les bombi,
dont le bruit imitait le bourdonnement des abeilles ; les
imbrices,
qui retentissaient comme la pluie tombant sur les tuiles ; et
les testœ,
dont le son éclatait comme celui d’une cruche qu’on casse.
C’est
à la Gaîté, l’autre soir, au Château
de Grantier,
que nous nous sommes rappelé notre Suétone. La grande
pièce était jouée au-dessous du lustre, sous
prétexte d’un drame décroché par M. Maquet au
vestiaire du Cirque : une Closerie
des Genêts
militaire. — M. Maquet vaut mieux que cela.
Il
faut le reconnaître, depuis quelque temps les acteurs prennent
l’habitude d’être meilleurs que les pièces. —
Deshayes est d’un dramatique simple et sobre, Mme
Lacressonnière a un balbutiement d’une grande émotion,
Mme
Lambquin a de vraies larmes. Quant à Mlle Thuillier,
qu’elle nous permette de lui dire ce que Rodolphe disait à
son ancienne maîtresse : Vous n’êtes plus
Mimi !
Edmond
et Jules de Goncourt.
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