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Ferdinand
Galiani.
(suite.)
Les
lettres de Galiani sont ce qu’était l’homme. – Cela
était écrit avec cette simplicité de bien dire
que nous n’avons plus. Le grand charme de ces lettres est dans
ceci : qu’elles sont des lettres et rien que des lettres. Les
commissions pour des chemises s’y coudoient avec les réflexions
les plus collet-montées. Tout cela est pensé au courant
de la plume. On ne sent ni effort ni prétention ; et
pourtant ces lettres visent et attrapent tout, les hommes et les
systèmes ; elles ont des verges pour les rois et les
encyclopédistes ! – Ces vérités à
l’usage des gens d’esprit, – qu’on nomma plus tard des
paradoxes, – on les rencontre là à toutes les pages.
– L’abbé n’a point de rapporteur de ses opinions ;
il juge lui-même tous les procès qu’il évoque ;
– et comme, dans le laisser-aller d’une conversation qui
s’attarde, dans l’abandon d’un
pique-nique au Gros-Caillou,
il va d’un sujet à l’autre, toujours osé, toujours
pensant lui-même, toujours pensant tout haut, éclatant
parfois en éclairs de génie, en révélation
de l’avenir !
Voulez-vous
le portrait du cœur de Mme Geoffrin ?
– (Mort-Dieu ! si elle me fâche, disait Greuze, je la
peindrai !) – « Mme Geoffrin
a le tic de détester tous les malheureux, car elle ne veut pas
l’être, pas même par le spectacle du malheur d’autrui.
Cela vient d’une belle cause ; elle a le cœur sensible, elle
est âgée, elle se porte bien ; elle veut conserver
sa santé et sa tranquilité. »
Du
catéchisme de l’abbé, voilà tout ce qu’on
trouve : « La Géorgique n’est plus un sujet
de poëme à notre âge. Il faut une religion agricole
à un peuple coloniste, pour parler avec emphase et avec
grandeur des abeilles, des poireaux et des oignons. Avec votre triste
consubstantialité et transubstantiation, que voulez-vous qu’on
fasse ? Il y a deux classes de religions : celles des
peuples nouveaux sont riantes et ne sont qu’agriculture, médecine,
athlétique et population ; celles des vieux peuples sont
tristes et ne sont que métaphysique, rhétorique,
contemplation, élévation de l’âme ; elles
doivent causer l’abandon de la cultivation, de la population, de la
bonne santé et du plaisir. Nous sommes vieux. » –
« L’incrédulité est le plus grand effort
que l’esprit de l’homme puisse faire contre son propre instinct
et son goût. Il s’agit de se priver à jamais de tous
les plaisirs de l’imagination, de tout le goût du
merveilleux ; il s’agit de vider tout le sac du savoir, de
nier ou de douter toujours et de tout, et rester dans
l’appauvrissement de toutes les idées, des connaissances des
sciences sublimes. Quel vide affreux ! quel rien ! quel
effort ! Il est donc démontré que la très-grande
partie des hommes (et surtout des femmes, dont l’imagination est
double) ne saurait être incrédule ; et celle qui
peut l’être n’en saurait soutenir l’effort que dans la
plus grande force et jeunesse de son âme. Si l’âme
vieillit, quelque croyance reparaît. » – Quel
rien ! quel effort !
C’est du Bossuet.
Le
29 février 1772, – un an avant la publication du
Théâtre de S. Mercier, – Galiani écrivait :
« En vérité, ma belle dame, il me paraît
que l’ignorance des auteurs a engendré l’ignorance des
acteurs, et de ces deux ignorances est née l’ignorance des
spectateurs, qui n’a été ni créée, ni
engendrée, mais qui procède des deux. Voilà une
trinité d’ignorance qui a créé le monde
théâtral. Ce monde n’existe qu’au théâtre.
Les hommes, les vertus, les vices, le langage, les événements,
le dialogue, tout lui est particulier. Il s’est fait une convention
parmi les hommes que cela serait ainsi, que le théâtre
aurait ce monde, et l’on est convenu de trouver cela beau. Les
raisons de cette convention seraient difficiles à retrouver,
l’acte en est fort ancien et n’a pas été insinué
au greffe. J’ai bien peur qu’on ne soit convenu de trouver Lekain
bon et parfait ; on ne peut pas revenir contre une convention et
une transaction en forme. Au reste, je crois que les causes qui ont
produit cet éloignement de la nature qui a lieu dans le
théâtre au point de créer un monde entier tout à
fait nouveau, a été la difficulté de s’approcher
de la vérité en gardant son langage vulgaire et la
défense d’y placer les événements modernes. On
fait une bonne comédie, vraie au dernier point parce qu’il
est permis d’y représenter le cocu arrivé dans la
semaine même, la querelle entre mari et femme arrivée
dans le mois, la ruine d’un joueur arrivée dans l’année :
mais s’il ne vous est pas permis de rendre en tragédie ni la
chute du duc de Choiseul, ni même celle du cardinal de Bernis,
comment peut-on peindre la vérité ? Si vous mettez
sur la scène Thémistocle et Alcibiade, je m’aperçois
qu’ils ont parlé grec et qu’on leur fait parler français ;
qu’ils étaient citoyens d’une république, et que
nous sommes à Paris, à ce que dit l’Almanach royal… »
Parfois
il semble que Galiani écrive sous la dictée de
Chamfort.
–
J’en suis fâché pour
M. Sainte-Foix ; mais c’est que le bon goût
français peut passer chez les autres nations ; le bon ton
n’y passera jamais. C’est une maladie tout à fait
parisienne, comme la plique
est polonaise.
–
L’immortalité n’est qu’un
terrain disputé à l’oubli, mais bien faiblement
disputé.
–
Savez-vous à quoi je compare
cette mort de Marie-Thérèse ? À un encrier
qu’on a renversé sur la carte géographique de
l’Europe.
–
On a la rage, en France, de faire
quelque chose de ses enfants ; ici on n’en sait faire que des
héritiers de leur père.
–
Au fait, tout être qui fait une
profonde révérence à quelqu’un tourne le dos à
quelqu’autre.
–
Les sectes sont une ressource pour les
gueux.
–
La fatalité est la chose du monde
la plus curieuse ; sans elle, point d’imprévu :
tout serait calculé, et la chute d’un ministre
n’intéresserait pas plus que l’équinoxe ou le
solstice ; elle serait imprimée d’avance dans les
almanachs.
De
l’éducation, il médit en ces termes :
« L’éducation n’est que l’élaguement
des talents naturels pour donner place aux devoirs sociaux.
L’éducation doit amputer et élaguer les talents. Si
elle ne le fait pas, vous avez le poëte, l’improvisateur, le
brave, le peintre, le plaisant, l’original qui amuse et meurt de
faim, ne pouvant plus se placer dans aucune niche de celles qui
existent dans l’ordre social. »
En
politique, il y a pour Galiani beaucoup d’idées qui ne sont
que des mots. Galiani est sans scrupule ; il ne regarde ni aux
outils ni aux moyens. Plus d’une fois, dans sa correspondance,
c’est un Cassandre, mais un Cassandre le rire à la bouche :
« 21 août 1773. Vous avez appris déjà
la débâcle des jésuites, arrivée à
Rome le 16. Leur histoire n’est pas plus finie que celle des
Juifs après la destruction de Jérusalem, elle a
seulement changé de ton et de couleur : de l’actif au
passif… » – « Autrefois, le pape était
le calife de l’Europe, et tous les sultans des différentes
provinces s’intéressaient à son élection.
Aujourd’hui qu’il n’est que le souverain de Rome, ce sont les
grandes familles de Rome qui le font absolument : Albani,
Corsini, Borghèse, Colonna s’arrangent et choisissent, pour
leur plus grande commodité, un laquais dans leurs maisons pour
en jouer le rôle. » – « 1er
janvier 1774. Vous y parlez des chutes des empires. Qu’est-ce
que cela veut dire ? Les empires ne sont ni en haut ni en bas et
ne tombent pas. Ils changent de physionomie ; mais on parle
chute et ruine, et ces mots font tout le jeu de l’illusion et des
erreurs. Si on disait les phases des empires, on dirait plus juste.
La race humaine est perpétuelle comme la lune, mais elle nous
présente tantôt une face, tantôt une autre, parce
que nous ne sommes pas toujours bien placés pour la voir dans
son plein. Il y a des empires que ne sont jolis que dans leur
décadence, comme l’empire français ; il y en a
qui ne seront bons que dans leur pourriture, comme l’empire turc ;
il y en a qui ne brillent que dans leur premier quartier, comme
l’empire jésuitique. Le seul qui n’a été
beau que dans son plein a été l’empire papal. Voilà
tout ce que j’en sais, et je n’en sais pas beaucoup. »
– « Il (Turgot) punira quelques coquins, il pestera, se
fâchera, voudra faire le bien, rencontrera des épines,
des difficultés, des coquins partout. Le crédit
diminuera, on le détestera, on dira qu’il n’est pas bon à
la besogne. L’enthousiasme se refroidira, il se retirera ou on le
renversera, et on reviendra une bonne fois de l’erreur d’avoir
voulu donner une place telle que la sienne, dans une monarchie telle
que la vôtre, à un homme très-vertueux et
très-philosophe. » – « En politique,
je n’admets que le machiavélisme pur, sans mélange,
cru, vert, dans toute sa force et dans toute son âpreté.
Il s’étonne que nous fassions la traite des nègres en
Afrique ; et pourquoi ne s’étonne-t-il pas qu’on
fasse la traite des mulets de la Guyenne en Espagne ? Y a-t-il
rien de si horrible que de châtrer les taureaux, de couper la
queue aux chevaux ? Il nous reproche d’être les brigands
des Indes ; mais Scipion peut bien l’être des côtes
de Barbarie et César des Gaules. Il dit que cela tournera
mal ; mais tout le bien tourne en mal : la danse se tourne
en lassitude ; ne dansez donc pas ! – l’amour en
peine ; n’aimez donc pas ! Ainsi mon avis est donc qu’on
achète des nègres tant qu’on nous en vendra, sauf à
s’en passer si nous réussissons à les faire vivre en
Amérique. Mon avis est de continuer nos ravages aux Indes tant
que cela nous réussira, sauf à nous retirer quand nous
serons battus. Il n’y a pas de commerce lucratif au monde.
Détrompez-vous : le seul bon est de troquer des coups de
bâton qu’on donne, contre des roupies qu’on reçoit. »
– Enfin voici de ses vues : « 2 janvier 1773.
Au reste, voilà mon plan d’Apocalypse. Le roi joue son jeu,
les parlements jouent leur jeu ; et tous deux ont raison, tous
les deux ont leur raison. La monarchie tient essentiellement à
l’inégalité des conditions, l’inégalité
des conditions au bas prix des denrées, le bas prix aux
contraintes. La liberté entière amène la cherté
des vivres et la richesse des paysans. Le paysan riche ne tire plus à
la milice, ne supporte plus la taille arbitraire, les saisies des
contrebandes ; il a la force de ne plus se laisser fouler, soit
en se révoltant, soit en plaidant en justice ; il a assez
d’argent pour gagner des procès. Il amène donc la
forme républicaine, enfin l’égalité des
conditions qui nous a coûté six mille ans à
détruire. Mais laquelle des deux formes aimez-vous le mieux ?
me demandera-t-on. J’aime la monarchie parce que je me sens bien
plus proche du gouvernement que de la charrue. J’ai quinze
mille livres de revenu que je perdrais en enrichissant des
paysans. Que chacun en agisse comme moi et parle selon ses intérêts,
on ne disputera plus tant dans ce monde. Le galimatias et le
tintamarre viennent de ce que tout le monde se mêle de plaider
la cause des autres et jamais la sienne. L’abbé Morellet
plaide contre les prêtres, Helvétius contre les
financiers, Beaudeau contre les fainéants, et tous pour le
plus grand bien du prochain. Peste soit du prochain ! Il n’y a
pas de prochain. Dites ce qu’il vous faut, ou taisez-vous. »
De
ces lettres de Galiani, les lecteurs n’ont en main que deux
éditions : la première de Dentu, 1818, publiée
par Séryes ; l’autre de Treuttel et Wurtz, 1819,
publiée par Guinguéné ; et encore M. Brunet
accuse-t-il la première de contenir des lettres supposées.
L’une et l’autre se rencontrent difficilement. – Galiani, en
mourant, a laissé vingt-deux volumes de réponses à
ses lettres : ne serait-il pas bientôt temps de donner de
sa correspondance une nouvelle édition plus complète
que les deux autres ?
Nous
n’avons pas autorité, pour notre part, à assigner une
place à cette correspondance, mais nous ne faisons point de
doute que si Galiani venait à être réédité,
il y aurait – d’ici à peu – un remaniement dans
l’ordre des épistolaires français, et peut-être
changement de rang dans les premiers rangs.
Edmond
et Jules de Goncourt.
M. LECOU
ET LE XVIIIe SIÈCLE.
93
fut brutal pour la curiosité.
Du catalogue de Mme de Pompadour,
la mode sauta à la nudité spartiate. Le directoire se
fit hypocritement athénien. L’empire consacra tout le
supellex
grec sans trop se soucier si la décoration antique, avec ses
lignes droites, ses coupes sévères, sa maigre
ornementation, allait à nos mœurs, à notre ciel, à
nos appartements. Trente ans, les chaises eurent des lyres dans le
dos. Toilette, meubles, costumes, peinture, architecture,
littérature, tout fut calqué, – comme on calquait
alors, – sur les débris d’une civilisation morte depuis
deux mille ans. Trente ans, les salons jouèrent le
décor d’une tragédie.
Au
beau milieu de cette exhumation de l’art grec, une réaction
se fit : des abonnés de brocanteurs convertirent leurs
amis à leurs trouvailles gothiques. Le mouvement, d’abord
limité à quelques archéologues, gagna les gens
du monde. Peu à peu l’on revint de cet anathème
prononcé par le xviie siècle
contre les merveilles du moyen âge, et l’on commença à
traiter d’outrecuidante l’opinion de Marolles, lorsqu’il vient
à parler de la maison de Jacques Cœur : « …
Elle est assez bien bâtie, mais fort au-dessous de celles que
font à présent les petits commis des officiers qui
administrent les finances. » – On se convertit d’abord
à peu de frais : sur les vignettes de Fragonard et sur
les estampes de Devéria. Puis Notre-Dame de Paris
parut ; de savantes monographies architecturales furent
publiées ; des trésors qu’on ne savait plus
furent retrouvés ; l’on se prit à regarder la
cathédrale d’Amiens, l’église de Brou, l’hôtel
de ville de Louvain ; le sculpteur alla aux beaux modèles ;
et vielz ou nouveaulx,
bahuts, dressoirs, crédences, bancs seigneuriaux, diptyques,
triptyques, prirent possession en despotes de nos appartements.
Quand
fut faite l’apothéose du xve siècle,
les femmes, ces révolutionnaires de la mode, s’ingénièrent
à trouver quelque chose de cénobitique et de claustral
à ces ameublements en cœur de chêne. Elles avaient
entrevu les bois de rose, les laques de Martin, les marqueteries de
Boule, les fantaisies de la rocaille, les Sèvres aux plaisants
bouquets, de gracieux visages signés Latour, les caprices de
Boucher et de Watteau ! et, un beau jour, les femmes aidant, les
belles pièces gothiques sortirent de l’ameublement pour
former des cabinets ou entrer dans les musées ; les
pièces de rebut rentrèrent dans le domaine du
bric-à-brac, et toutes les grâces du xviiie siècle
trouvèrent dans nos logis modernes le cadre juste des boudoirs
du siècle passé. Le mouvement gothique avait amené
l’impression de toute la littérature manuscrite du moyen
âge : fabliaux, chroniques, épopées,
romans ; l’olifan
de Roncevaux sonna par toute la littérature, – et comme tout
se tient dans l’histoire de l’esprit humain, un fait analogue se
produit en cette ère du rococo. Quelques hommes de goût,
enamourés de tous ces charmants riens qu’avaient
collectionnés leurs grand’-mères, allèrent des
meubles aux livres ; et quand ils eurent lu, ils se prirent à
vouloir venger cette débauche d’esprit tant calomniée.
Un beau jour, les Bachaumont ne se vendirent plus au poids, et toute
cette armée de petits livres, éclaireurs jetés
sur les flancs de la vieille société, passèrent
rarissimes.
Et ne voilà-t-il pas qu’une société blanchie
dans la publication des Mémoires de Richer, d’Éginhard,
de Grégoire de Tours, se met à publier le journal d’un
anecdotier.
M. Lecou
a déjà donné une suite de volumes remarquables
par la beauté de l’impression et le luxe du papier.
Aujourd’hui, il veut avoir sa collection de monuments littéraires,
historiques, artistiques du xviiie siècle.
Nous souhaitons à l’entreprise bon
vent et bonne marée,
comme dit l’Anglais, résolus à l’encourager de
notre bourse, à la faire encourager, – s’il est possible,
– de la bourse de nos amis.
Chamfort
a paru en un volume. Le choix des pièces est heureusement
fait, et Chamfort est bien là tout entier. Personne ne
regrettera la Jeune Indienne.
Rivarol trié, mais trié avec intelligence, peut tenir,
à la grande rigueur, en un second volume de la collection.
Mais de Collé, de Grimm et, en dernier lieu, de Bachaumont,
cette chronique où chaque ligne est nécessaire à
l’histoire de la cour, du théâtre, de la littérature,
si vous ne donnez que des extraits ; si vous en donnez une
édition expurgata
des prétendues inutilités, des prétendues
vivacités de langage, ne renvoyez-vous pas aux anciennes
éditions tous ceux qui s’occupent sérieusement du
xviiie siècle ?
et pour ceux qui ne s’en occupent pas, vous achèteront-ils
davantage ainsi mutilé ? – Donc Bachaumont paraîtra
complet ; et si le succès s’en mêle, M. Lecou
nous donnera les dix-neuf petits volumes de Métra (le Métra
introuvable qui va jusqu’en 1793) ; nous donnera en
recueil les Mémoires perdus dans les grandes collections,
comme les Mélanges des bibliophiles français, le
Mercure étranger,
la Revue rétrospective,
etc. ; nous donnera même Barbier, Barbier qui va coûter
36 francs, et dont un volume est épuisé, dont
maint passage est supprimé. Ainsi revivra sur beau papier, à
3 francs le volume, toute la monnaie du xviiie siècle.
Edmond
et Jules de Goncourt.
CHRONIQUE
DES THÉÂTRES
Gymnase.
Les
Premières Armes de Blaveau,
vaudeville en un
acte,
par MM. Jules et Gustave de Wailly.
« Ne
dites pas que vous m’avez vue au Havre ! » murmure
à l’oreille de Blaveau Mme de Villarseau.
« Ne
dites pas que vous m’avez vue au Havre ! » murmure
à l’oreille de Blaveau Mme Désétang.
« Ne
dites pas que vous m’avez vue au Havre ! » murmure
à l’oreille de Blaveau Mlle de Romilly.
Mme Désétang
est jeune et jolie ;
Mme de Villarseau,
– sa cousine, – est jeune et jolie ;
Mlle de Romilly,
– sa tante, – est vieille et laide.
Mme Désétang
est mariée à M. Désétang. – un
vieillard assez vieux.
Mme de Villarseau
est mariée à M. de Villarseau, – un mari
assez jeune.
Mlle de Romilly
n’est pas mariée du tout.
Ah
ça ! expliquons-nous. La nuit du 17 avril, Blaveau, sur
un rendez-vous que lui a donné Clara, – personne légère,
rencontrée sur la jetée du Havre, – se faufile, à
minuit, tel corridor, tel numéro, hôtel Frascati.
Blaveau, – qui n’est rien moins qu’un bachelier
ès-bonnes-fortunes, – trouve à l’heure dite une
clef sur une serrure, c’est vrai ; mais, – dans la chambre
pas de lumière, et, au lieu et place d’un accueil, un grand
cri ? – Parbleu ! se dit Blaveau, c’est Mme Désétang…
non, c’est Mme de Villarseau… à moins que ce ne soit
Mlle de Romilly.
Fichtre ! – Et Blaveau passe trois quarts d’heure à
monter, à descendre, de l’une à l’autre, – un
réjouissant voyage, je vous assure, un peloton de fil bien
embrouillé, digne des meilleurs maîtres de l’intrigue.
Ce
charmant vaudeville de MM. Gustave et Jules de Wailly est
enlevé par Geoffroy, qui joue le vaudeville comme s’il
n’était pas un grand comique, – par Geoffroy, dont nous
espérons un de ces jours mettre en relief tout le talent dans
une étude sur Mercadet.
Madame
Schlick,
comédie-vaudeville en un
acte,par M. Varner.
Êtes-vous
proscrit ? – Ayez une sœur. Une sœur comme Rose Chéri,
s’entend. Fût-elle femme de chambre, pour
de rire, ayez une sœur. Elle
finira, – laissez faire, – elle finira par vous donner un
beau-frère aussi distingué que Bressant, et à
gagner du même coup la clémence du public, et de
l’empereur d’Autriche, – deux empereurs ! Villars a créé
un rôle de valet en dehors du Frontin, – ce Dave de Marivaux.
– C’est bien le meilleur valet moderne que nous connaissions.
Nous
applaudissons d’autant plus volontiers à ces deux jolis
petits actes que certaines personnes avaient cru lire dans les
quelques lignes que nous donnions la dernière fois au Gymnase,
une hostilité systématique. D’hostilité, nous
ne nous en sentons, pour notre part, contre aucune direction, nous ne
tâchons d’en avoir que contre les mauvaises pièces ;
et d’ailleurs en aurions-nous contre un théâtre, ce ne
serait pas contre celui de M. Montigny. – Nous n’avons pas
oublié qu’il y a un mois à peine, Mme Rose
Chéri jouait une comédie de Musset dont n’avait pas
voulu le théâtre de la rue Richelieu ; nous
n’oublierons jamais que son mari a fait jouer Mercadet.
Edmond
et Jules de Goncourt.
Madame
Schlick,
comédie-vaudeville en un
acte, par M. Varner.
Êtes-vous
proscrit ? – Ayez une sœur. Une sœur comme Rose Chéri,
s’entend. Fût-elle femme de chambre, pour
de rire, ayez une sœur. Elle
finira, – laissez faire, – elle finira par vous donner un
beau-frère aussi distingué que Bressant, et à
gagner du même coup la clémence du public, et de
l’empereur d’Autriche, – deux empereurs ! Villars a créé
un rôle de valet en dehors du Frontin, – ce Dave de Marivaux.
– C’est bien le meilleur valet moderne que nous connaissions.
Nous
applaudissons d’autant plus volontiers à ces deux jolis
petits actes que certaines personnes avaient cru lire dans les
quelques lignes que nous donnions la dernière fois au Gymnase,
une hostilité systématique. D’hostilité, nous
ne nous en sentons, pour notre part, contre aucune direction, nous ne
tâchons d’en avoir que contre les mauvaises pièces ;
et d’ailleurs en aurions-nous contre un théâtre, ce ne
serait pas contre celui de M. Montigny. – Nous n’avons pas
oublié qu’il y a un mois à peine, Mme Rose
Chéri jouait une comédie de Musset dont n’avait pas
voulu le théâtre de la rue Richelieu ; nous
n’oublierons jamais que son mari a fait jouer Mercadet.
Edmond
et Jules de Goncourt.
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