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ÉCOLE DE
RABELAIS.
I Ami lecteur, nous voulons
aujourd’hui te donner quelque gayetés, joyeusetés et
baliverneries, pour dérider tristesse, moquer mauvais temps, et te
maintenir en bon état de rire. Il y a dans le petit livre où nous
allons prendre « contes de tous bois, de toutes tailles, de
tous estocs, à tous prix, et à toutes mesures, fors que pour
pleurer, » comme dit le récréatif Bonaventure :
LA NOUVELLE FABRIQUE des EXCELLENTS TRAITS DE VÉRITÉ, Livre pour inciter les resveurs
tristes et mélancoliques
à vivre de plaisir, Par Philippe
d’Alecripe, sieur de Nevi, en Verbos.
nous te parlerons, en langage
de savants et par manière de postface, du livre, du temps, et de
l’auteur.
DE TROIS FRÈRES
EXCELLENTS OUVRIERS DE LEURS MESTIERS.
Du temps du roy
Pernot et de la royne Gillette, il fut un homme en nostre village
nommé Simonnet, lequel avait trois beaux garçons, que lui fit sa
cinquiesme femme tout d’une ventrée, lesquels (parvenus en aage
qu’enfants font le picotage aux vergers) furent par leur père mis
en mestier.
Assavoir : l’un chez un
barbier, l’autre chez un mareschal, et le tiers chez un escrimeur,
où en peu de temps profitèrent si bien, qu’ils en retournerent
fort bons ouvriers.
Ce que voyant le père, leur dit :
« Mes enfants, cognoissant à veue de nez que je suis sur le
bord de ma fosse, je veux premier que de mourir disposer de mon peu
de bien. Je possède seulement (comme sçavez) une petite maison qui
seroit bien peu de chose pour vous trois, et pourtant j’ai avisé
un fait. C’est que celui d’entre vous qui sera trouvé le
meilleur ouvrier de son métier aura seul la maison. » Ayant
bien entendu leur père, d’un commun accord, condescendirent à son
vouloir et advis. « Or bien, de par Dieu dit le bonhomme
Simonnet, puis qu’ainsi est, monstrez, en présence de gens, chacun
un tour de vostre mestier. » Le plus ancien, qui étoit
barbier, commença ; lequel, tirant de son estuit un rasoir de
Guingant, frais émoulu, vous va courir après un lièvre qui (de
bonne fortune) estoit poursuivy de deux grands lévriers, auquel, en
courant, abatit la barbe ric à ric du menton sans en rien
l’offencer, voire aussi net que s’il eût été dans une chaire
assis sur son cul. Le second, qui était mareschal, monstra aussi ce
qu’il sçavait faire. Advint à l’instant qu’un gentil-homme,
passant chemin, voulut faire ferrer son cheval, auquel il dit :
« Monsieur, ne laissez à picquer vivement, puisque vous avez
haste. Je vous serviray bien. » Ce disant, ledit seigneur
picque et le mareschal court après, lequel déferre son cheval de
ses vieux fers, puis promptement le referre des quatre pieds en
courant la poste, aussi promptement que s’il eust été lié dans
la forge. Le tiers, bon joueur d’espée entre mille, voyant tomber
une grosse ondée de pluye, sortit dehors en la rue l’espée en la
main, laquelle il vous vient virer et tourner à l’entour de soy,
jouant de l’estoc, du travers, de taille, de faux montants du plat,
de tors et de revers, faisant le moulinet et se couvroit de tous
costez si virillement et par telle dextérité, que jamais goutte de
pluye ne tomba sur lui : qui fut chose esmerveillable et de
grand eshabissement à voir.
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Celui de
vous qui mieux fera -
De dieu rémunéré sera.
D’UN CHIEN ET
D’UN RENARD. Il y a un homme
en nostre forest qui avoit en son logis un gros chien mastuc de poil
noir et laid comme un beau diable, lequel faisoit peur aux petits
enfants. Il advint un jour aussi qu’il suivoit son maître allant à
ses affaires, vint rencontrer dans le bois en un estroit chemin un
grand regnard, lequel voyant le chien s’arresta sur le cul,
tremblant comme la feuille. Le chien mesme s’arresta tout court.
Or, estant tous deux aculez l’un à l’autre, commencèrent à eux
entreregarder, sans rire si tres-ententivement et sans aller ne
parler, qu’il ne souvenoit au regnard de fuir, n’y au chien de
courir après, de sorte qu’ils s’entreregarderent tant et si
asprement et avec telle ardeur, que les yeux leur tomberent hors de
la teste. Le bon homme apercevant ces deux animaux ainsi larmoyer
l’un devant l’autre, s’approcha vistement, et les ayant
contemplez, trouva que les yeux leur estoient sortis hors de la teste
par trop s’être entreregardez. Dieu veuille qu’il n’en
advienne autant à ceux qui s’entrèregardent par desdain, je ne
sçai qui les conduiroit par le chemin.
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L’œil
qui est messager du cœur -
Monstre l’amitié ou
rancœur.
D’UN HOMME QUI
EUT LA TESTE COUPÉE.
Il vous souvient
(comme je croy) d’avoir leu et veu comment un homme de Tarmoustier
en chrestienté, passant un jour par dedans un bois, fut rencontré
des volleurs, lesquels pour avoir son argent luy coupèrent la
teste ; au moins il ne s’en falut guères, car elle ne tenoit
plus qu’un petit en la peau par un costé, parquoy l’attacha
d’une espingle de peur qu’elle ne tombast à terre, et mesme
aussi à cause qu’il estoit hyver et qu’il geloit fort, elle se
reprint et ne seigna point.
Après que les volleurs eurent
pillé et desrobé tout ce qu’il avoit, s’enfuirent au hault et
au loing. Le pauvre diable s’en revint à sa maison où il raconta
à sa femme (et en plorant) comment il avoit esté vollé et tout ce
qui lui avoit esté fait, puis s’assit sus une sellette auprès du
feu pour se chauffer. Mais se cuidant moucher et oster une roupie qui
lui pendoit au bout du nez, il arracha sa teste et l’espingle et
jetta tout au feu. Ainsi, voilà comme le pauvre misérable mourut
sans s’en apercevoir, laissant une femme et quatre petits enfants.
He quelle pitié ! Au diable
d’enfer soient les volleurs.
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Pensons
à nous jeunes et forts
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Souvent nous tombons roides
morts.
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Edmond et Jules de
Goncourt.
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