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L'art du XVIIIe siècle

Edition présentée et annotée par jean-Louis Cabanès (2 volumes) Du Lérot, éditeur
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Premier volume
Les monographies qui composent L’Art du
XVIIIe siècle ne visent pas à
l’exhaustivité. Les deux frères dédaignent la
peinture d’histoire. Ils privilégient les toiles ou les
dessins qui leur semblent anti-académiques : fêtes
galantes, natures mortes, portraits au pastel. Ce n’est pas la
grande manière qui les intéresse, mais ce qu’on
pourrait appeler, en se souvenant de Verlaine, le « mode mineur ».
Ni Restout ni Subleyras ne sont convoqués, sinon
occasionnellement. En revanche, à côté des grands
noms (Watteau, Boucher, Chardin, Fragonard, Greuze, Prud’hon), on
voit surgir des dessinateurs et des graveurs (Eisen, Gravelot,
Moreau, Cochin, Augustin de Saint-Aubin, Gabriel de Saint-Aubin,
Debucourt). Les Goncourt réservent donc une part importante au
dessin d’illustration : il témoignerait qu’au XVIIIe
siècle l’exigence artistique se manifesterait jusque dans
les « minusculités » des vignettes. Les
objets, y compris ceux de la vie quotidienne, n’y seraient pas
coupés de l’art. Le siècle des Lumières serait
donc un siècle organique.
Ils l’analysent encore d’un autre
point de vue. Les toiles, les dessins de Boucher et de Fragonard
voilent, dévoilent, jouent d’un colin-maillard érotique.
Quant à Greuze, il se plaît trop à évoquer
les infortunes de la vertu pour être parfaitement honnête.
C’est un « féminaire de la peinture »
(Alain Buisine) que l’on découvre en lisant L’Art du
xviiie siècle. Si la
« libidinerie » humaine se manifeste dans les
tableaux, le désir semble parfois guider et inspirer la plume
des Goncourt lorsqu’ils en rendent compte. Ils donnent à
leur tour du plaisir à leurs lecteurs par cette érotisation
de l’écriture.
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Deuxième volume
Les Goncourt ont écrit leurs
monographies à une époque où l’histoire de
l’art se donnait des bases scientifiques. Les deux frères,
qui demeurent des amateurs et des collectionneurs, sont aussi des
érudits. Ils gagent leurs études sur ce qu’ils
appellent des « documents intimes », se fondent
sur les brochures et les pamphlets du temps, sur les comptes rendus
des salons. Sans confondre les systèmes sémiotiques,
ils mettent souvent en relation les textes littéraires et les
tableaux, comme pour saisir un esprit du temps. Se réclamant
surtout d’une appréhension directe des toiles et des
dessins, ils s’intéressent au tracé des gestes de
l’artiste, à la matière picturale, pratiquant ainsi
ce que Dominique Pety appelle un « formalisme subjectif ».
Tout devient alors indice, les réserves de blanc, les taches,
la gestualité de la touche, l’épaisseur des pigments.
Les monographies, qui s’écartèlent ainsi entre
démarche biographique et démarche formaliste,
s’imposent en même temps comme des textes pleinement
littéraires. Les deux frères s’efforcent d’énoncer
la jouissance optique que leur procure un tableau. À
l’impropriété créatrice d’un Chardin qui
donne l’illusion du blanc avec du bleu, correspondent les
approximations souvent métaphoriques de l’écriture
des Goncourt lorsqu’ils tentent de décrire « le
celapresque inexprimable qui est dans un objet d’art ».
C’est donc un document sur une période de l’histoire
de l’art, mais aussi un monument de la prose poétique que
cette édition de L’Art du xviiie
siècle, dans sa présentation comme dans ses notes,
a voulu faire revivre.
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