Courrier
de Paris (extrait)
[…]
Il
y a en littérature l’heure de la conversation et
l’heure du banquet. La conversation naît de quelque
accès de mélancolie, le banquet est la résultante
des années de labeur et de gloire. Les artistes, les peintres,
les sculpteurs, avaient décerné le banquet à
M. Puvis de Chavannes ; les littérateurs, romanciers et
poètes ont tenu à décerner le même honneur
à M. Edmond de Goncourt.
M.
Bergerat s’était mis en tête de grouper, autour de M.
Alexandre Dumas, toute la littérature contemporaine. L’auteur
du Demi-Monde a refusé. Il a même répondu
aux organisateurs du banquet Puvis de Chavannes : — N’allant
pas aux banquets qu’on voudrait m’offrir, permettez-moi de ne pas
aller aux banquets qu’on offre aux autres !
La
jeune littérature, et aussi de vieux amis et admirateurs des
frères Goncourt, se sont donc groupés autour du
survivant de cette association littéraire si originale et si
puissante. Le banquet devait avoir lieu la semaine dernière.
Un des membres du comité organisateur, Auguste Vacquerie,
étant mort, on a remis la fête littéraire en
signe de deuil.
Il
eût été intéressant de voir, et peut-être
d’entendre, un des derniers et fiers burgraves du romantisme rendre
hommage à Goncourt, un des précurseurs du naturalisme.
Formosane devait pas adorer la Fille Élisa ;
mais Vacquerie honorait le talent, la conscience littéraire,
le labeur vaillant et la gloire bien assise. Il eût Goncourtisé
comme les autres. […]
RASTIGNAC
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