LES
GONCOURT PAR ALPHONSE
DAUDET — PAUL MARGUERITE — J.-H. ROSNY — LÉON
HENNIQUE — ROGER MARX — JULES RAIS
Comment
faut-il lire les Goncourt ?
La
question me fut naïvement posée, il y a quelque douze ou
quinze ans, par un brave homme de lettres, très doux, très
simple, dont le nom se montre de loin en loin aux vitrines des
libraires sur des volumes de nouvelles sentimentales dans le genre de
Louis Énault, ou des romans mouvementés à la
manière du vieux Dumas. Très curieux de ce qu’il
appelait l’école moderne, justement parce qu’il se sentait
de la tout arrière-garde, assidu liseur de Flaubert, Zola et
autres, son admiration hésitait devant les Goncourt, dont il
nous voyait quelques-uns si épris. Une gêne, un malaise
le rebutait, qu’il ne s’expliquait pas et dont je devinai les
causes, dès qu’il se fut ouvert à moi :
« Ce
qui vous empêche de comprendre Goncourt, de bien le lire, vous
et pas mal d’autres, c’est votre paresse cher monsieur. Vous vous
installez dans un bon fauteuil, le roman à la main, et vous
dites à votre auteur : “Maintenant, parle, je t’écoute…
prends-moi, berce-moi…” Eh bien, avec Goncourt, ce n’est pas
cela du tout. Il faut que le lecteur travaille, collabore… oh !
si peu, m’empressai-je d’ajouter en voyant les yeux clairs du
brave homme s’arrondir épouvantés… Qu’il se donne
seulement la peine de reconstituer in petto ces intermédiaires
que les auteurs de Madame Gervaisais et de tant de
chefs-d’œuvre suppriment de leurs livres impitoyablement.
J’entends par intermédiaires ces détails de la
vie courante qui surchargent et embourgeoisent le récit, mais
aussi, il faut bien le dire, aident à sa clarté, à
sa compréhension. Sainte-Beuve, dont la critique aiguë et
subtile a flairé toutes les pistes, fureté dans tous
les terriers, Sainte-Beuve tenait pour les intermédiaires,
qu’il regardait comme des charnières nécessaires au
jeu du livre. Il prétendait aussi que ces coins arides de son
œuvre, steppes, landes, essarts, obligeaient l’auteur à
des efforts de culture, à des prodiges d’ingéniosité
et d’adresse dissimulantes ; il citait des textes à
l’appui, invoquait la tradition, les maîtres du roman
français. Mais vous savez si les Goncourt s’en moquaient un
peu, de la tradition ! Ces grands seigneurs des lettres sont nés
avec du salpêtre de barricade dans le sang. Dès leurs
premiers livres, ils en avaient fini avec les intermédiaires.
Et la marque essentielle de leur originalité fut cela, plus
encore que ce style claquant et personnel, que cet outillage
littéraire d’une finesse, d’une précision, d’une
variété incomparables. Sœur Philomène,
Charles Demailly, Manette Salomon se présentaient
au public comme des cartons d’aquarelles et d’eaux-fortes, très
subtilement sériés, sur la religieuse, l’homme de
lettres, le peintre dans la seconde moitié du dix-neuvième
siècle. Il est à regretter seulement qu’un critique
autorisé comme Sainte-Beuve, assez fin pour découvrir
cet artifice de composition, ne se soit pas trouvé là
pour avertir le lecteur et lui donner la leçon que je vous
donne en ce moment. »
Il
peut sembler oiseux de rappeler cet entretien à tant d’années
de distance, aujourd’hui que tout le monde lit les Goncourt, que
tout le monde sait les lire. J’ai cru devoir le faire cependant,
parce que ces lentes résistances du public, ces
incompréhensions sourdes et aveugles sont bonnes à
raconter aux générations nouvelles qui trouvent en
arrivant le grand vieil auteur entouré, glorieux, et
n’imaginent rien de plus délicieux que cette célébrité
savourée à tous petits coups comme dans la paille d’une
boisson glacée. De quels amers, de quels poisons sont nourris
ces cock-tail diaboliques de la gloire littéraire, voilà
ce qu’on ne saurait assez répéter aux jeunes gens.
Autre
chose encore. Si le public français est arrivé enfin à
connaître, à comprendre les romans des Goncourt, il n’en
est pas de même de leur théâtre. Du moins, non, ce
n’est pas au public qu’il faut adresser ce reproche
d’inintelligence, à preuve le succès de Germinie
Lacerteux à la reprise, c’est surtout aux directeurs.
Quand on pense que Claretie, Porel, Sarah Bernhardt, pour ne parler
que des intelligents, ont laissé à une scène
étrangère l’honneur de jouer ce beau drame de la
Faustin et qu’il en sera peut-être de même pour
Manette Salomon, la pièce la plus passionnée et
la plus spirituelle qu’il m’ait été donné
d’entendre, depuis longtemps. Et pourquoi ? parce que Manette,
la Faustin, Germinie sont découpées en
tableaux, à la manière des romans dont Edmond de
Goncourt les a lumineusement fait jaillir. Une suite de tableaux que
la force d’une idée mère et le talent savamment mené
et gradué d’un interprète, homme ou femme,
dramatisent et mouvementent d’un bout à l’autre.
Ah !
messieurs les directeurs, c’est à vous qu’il faudrait
apprendre la vraie façon de lire les Goncourt.
ALPHONSE DAUDET.
Les
Goncourt romanciers.
Si
proches de nous que soient les romans de MM. Edmond et Jules de
Goncourt, ils nous apparaissent déjà investis du recul
et de l’exhaussement qui marquent la place d’une œuvre en son
siècle, l’érigent sur le piédestal d’honneur,
dans le jour grave de l’histoire.
Alors
que se dégradent en partie les plâtres colossaux des
personnages épiques de Balzac, que les pures statues de
Flaubert prennent la rigidité du marbre dans un recueillement
de chapelle, que la grasse prose de Gautier, cette pâte aux
couleurs vives, si harmonieusement fondue, sèche sur la
vieille palette romantique, les créatures de nerfs auxquelles
les Goncourt ont insufflé une vie si vibrante, la leur, à
ces extraordinaires sensitifs et voyants, gardent tout le feu de
l’émotion présente, suscitent, en des décors
d’intensité saisissante, une réalité si aiguë
qu’elle confine au rêve et à l’hallucination,
c’est-à-dire au cauchemar éveillé qu’est la
vie.
Pour
celui qui pénètre en ces lignes de fièvre, où
la phrase part en coup de fouet, où le relief des choses
frappe à vif la rétine, où le style, tour à
tour eau fraîche, forêt verte, chair de femme, épouse
avec une souplesse de protée les formes et les couleurs, plie
son essence fluide aux états d’âme les plus complexes,
aux repliements de la pensée comme aux détentes de la
passion, pour celui-là, le rideau se lève sur la
prestigieuse révélation d’un monde nouveau ; et
son admiration s’accroît, s’il s’assure que ce monde
nouveau dure et durera longtemps encore aussi intact, aussi complet,
aussi « lui-même », bien que, depuis
trente ans et plus, le roman contemporain, en son flot gris, le
subisse et le reflète.
Elle
est, en effet, aux seuls frères Goncourt, cette forme d’art
raffinée, ce roman des mœurs du temps défini par eux :
« De l’histoire qui aurait pu être »,
mais de l’histoire présentée dans le raccourci d’un
être en marche, avec ses muscles en valeur et ses contours
fuyants, ses taches de lumière et ses coins d’ombre. C’est
à eux seuls, ces dialogues d’une nervosité si fine et
si élégantes, ces descriptions qui font toucher à
la pensée le par-delà des choses. C’est à eux
seuls, ces créations inoubliables d’effigies humaines à
leur ressemblance, ces hommes et ces femmes si vivants qu’on oublie
qu’ils sont d’encre magique et de vélin blanc, pour les
regarder respirer, agir, aimer, souffrir, avec la phosphorescence
maladive et frêle, au fond de leurs yeux et sur leur bouche, de
la psyché ténue, de la dolente âme moderne.
L’âme
moderne, voilà l’incarnation suprême de l’œuvre des
Goncourt, c’est en leurs livres surtout qu’elle s’est fait
verbe et chair. Que ce soit dans les milieux littéraires et
artistes, Charles Demailly et Manette Salomon ;
que ce soit dans Germinie Lacerteux, ce livre d’une piété
sociale si divinatrice et si profonde ; que ce soit dans Madame
Gervaisais, le drame d’une conscience, au soleil pâle des
ruines de Rome ; que ce soit dans la Faustin, cette série
de planches à l’eau-forte montrant l’artiste passionné
de son art, partout et toujours sont en jeu l’inquiétude
affinée, le délicat tourment, l’angoisse visionnaire
et sensitive de cette âme trop chargée de rêves et
de désirs impuissants, qui est notre âme d’aujourd’hui.
« Observer
l’homme, a dit M. Paul Bourget, est-ce autre chose que se démontrer
à soi-même ce désaccord constant de nos ambitions
et de nos efforts, de notre attente et de notre œuvre, de nos
prétentions extérieures et de notre indigence
intime ? »
Trop
clairvoyants, impitoyablement contrôlés, comment les
romans d’observation des deux frères pourraient-ils, après
cela, ne pas conclure à la fatalité ? Le grand
mythe de Prométhée, auquel un vautour immortel ronge le
foie, revit en eux. Tous les héros de ces pages tourmentées
s’étiolent et meurent, dévorés par un cancer
moral.
Charles
Demailly, cet homme de lettres si lucide et si pénétrant,
torturé par sa femme sotte et perfide, souffre jusqu’à
la dernière fibre de sa sensibilité et sombre dans la
folie. Le peintre Coriolis, un homme supérieur encore, est
absorbé peu à peu par Manette Salomon, la maîtresse
de hasard qui devient toute-puissante, chasse les amis, traite les
commandes, jugule et annihile l’homme qui l’a supportée si
longtemps. Mme Gervaisais se voit peu à peu
étourdie par l’atmosphère de Rome, et sa raison de
libre-penseuse cède à l’envahissement d’une piété
semblable à la fièvre des maremmes. Renée
Mauperin croit à la vie, à l’honneur, sous ses airs
charmants de vierge folle, et elle meurt, tant de l’infamie commise
par son frère que de la balle qui le supprime, dans un duel
qu’elle a indirectement provoqué. Germinie Lacerteux, la
fille Élisa, quelles plus pitoyables agonies d’âmes
que celle de ces créatures du peuple, impulsives et
irresponsables ? Et « Chérie » qui
s’en va du mal mystérieux des organismes d’élite,
dans une atmosphère de luxe et de névrose ?
Les
frères Zemganno, rappelant la tendre, l’admirable
association brisée des deux grands romanciers ! La
Faustin, qui ne meurt pas, mais dont la sortie de scène et du
livre n’en est pas moins tragique, lorsque, obsédée
par sa vocation, elle reste chercheuse « d’effets »
devant l’agonie de son amant, en reproduit la mimique du rire et du
râle. Le mourant appelle et les laquais la jettent dehors !...
Un monde à part, des sensations frémissantes et brèves,
des paysages où brille de la vraie eau et tremble de l’herbe
qui sent l’herbe, des gens qui parlent comme dans la vie, mais
mieux, de l’action qui n’a rien de théâtral, et la
difficulté impossible mais vaincue, de rendre l’impression
du temps qui coule, des caractères qui évoluent, de la
maladie qui use, de la pensée blessée qui flotte,
stagne et s’enlise : tout cela, disais-je, donne la révélation
d’un art original et stupéfiant, à qui, pour la
première fois, entrebâille la porte de la prodigieuse
maison hantée.
Quant
à moi, si l’on me pardonne de faire appel à une
émotion personnelle qui fut celle de toute une jeunesse —
quant à moi, l’ivresse intellectuelle qui me saisit à
entrer dans cette œuvre où la vie fuse, se crispe, éclate
de partout, ne se peut comparer qu’au haschich.
Je
me revois encore sur les bancs du collège, un soir de rentrée,
malade, halluciné, les tempes battantes, la main sur les
palpitations d’un cœur inquiet, pour avoir lu, dans le train, et
coupé avec mon ticket de chemin de fer, Renée
Mauperin, ce livre qui m’avait mis dans la bouche une fraîcheur
de fruit et laissé une amertume de cendre, ce livre d’une
vitalité si poignante où l’on voit jour à jour
mourir un être exquis, avec la rage de ne pouvoir intervenir et
le sauver.
Combien
vous ai-je aimée, enfant que j’étais, de quelle
tendresse idéale et passionnée, vous, primesautière,
délicieuse Renée, et plus tard vous, douce madame
Gervaisais, vous, beau corps de Manette, vous, coquet et détestable
bourreau de Charles Demailly !
Je
me revois ensuite, jeune étudiant, tâtonnant au début
de l’existence, cherchant une voie, et des soirs et des nuits se
passent à dévorer les beaux livres frais qui sentent
l’encre, et qu’on coupe avec une fièvre que les doigts
communiquent au couteau à papier, les chers livres qui
portaient sur leur couverture jaune les noms unis d’Edmond et de
Jules, puis, hélas ! le nom seul d’Edmond de Goncourt.
Je
puis le dire à présent, et crois m’acquitter d’une
dette de reconnaissance, entre tant d’œuvres, dont je m’imprégnais
à cette époque, entre Flaubert, Daudet, Zola et les
ancêtres, Balzac et Stendhal, ce furent les romans des Goncourt
qui m’ouvrirent l’horizon de vie, me révélèrent
à moi-même et me jetèrent, obscur, sur le chemin
des Lettres.
Si
peu que je puisse valoir un jour, je le leur devrai.
Pour
modeste que soit cet hommage, que le noble survivant, que M. Edmond
de Goncourt me permette de le déposer, avec un affectueux
respect, aux pieds de son œuvre magistrale.
PAUL MARGUERITE.
Les
Goncourt historiens.
Edmond
de Goncourt nous disait un après-midi, avec une nuance
d’amertume : « Ah, les catégories, la manie
de notre société de parquer les esprits dans une
carrière et de ne pas leur vouloir un vrai mérite en
dehors de cette carrière ! Comme nous sommes loin des
Grecs et de la Renaissance, où les individus pouvaient se
développer dans toutes leurs dimensions… Si nous
n’avions pas fait de romans, qui sait ? on nous aurait
peut-être accordé une place en vue parmi les historiens,
— mais voilà, nous sommes des romanciers ! »
Cette plainte est justifiée. Les Goncourt sont trop peu prisés
comme historiens, comme analystes sociaux, où cependant
leur rôle est considérable. Entendons-nous. Ils
n’élèvent aucune prétention à
l’histoire générale, à l’histoire complète
d’un peuple ou d’une époque. Ce qui les a passionnés,
c’est la psychologie partielle du xviiie siècle
et même du xixe siècle, c’est le choix
d’éléments propres à éclairer quelques
états propres d’une civilisation, à les présenter
d’une manière neuve et originale et en même temps
strictement documentée. La conscience sévère
qu’ils ont apportée à prendre dans la réalité
leur œuvre littéraire, ils l’ont appliquée avec une
probité égale à leur œuvre historico-sociale.
Et dans la balance de la postérité, nul ne peut assurer
que cette conscience de recherche, jointe à l’originalité
des vues, ne vaudra pas les grandissimes récits de diplomatie,
de guerre et de généalogie qui constituent la haute
histoire. C’est qu’en effet l’esprit humain s’intéresse
de plus en plus à la psychologie d’une époque, et se
persuade que la connaissance historique n’est qu’une chose assez
grossière lorsqu’elle roule sur les éruptions
des peuples, sans expliquer les causes intimes de ces éruptions,
sans montrer en quoi mille faits d’apparence secondaire constituent
la cause efficiente des révolutions et des guerres. Cela est
même tellement entré dans les cerveaux qu’il n’est
que banal de l’écrire — il le faut pourtant répéter
lorsqu’il s’agit des méconnus qui ont contribué à
en dégager et à en fixer la notion, et les Goncourt
furent plus que tous autres parmi ces méconnus. Leur œuvre de
psychologie sociale a très vivement influé sur des
historiens considérables, elle a fortement aidé à
l’évolution de la science historique — et notre grand
Michelet en avait la prescience lorsqu’il parlait des deux frères
dans son Louis XV.
Considérable,
cette œuvre d’histoire sociale, si considérable que ce
n’est pas un article qu’il lui faudrait, mais un gros livre de
critique. Des Portraits intimes à Marie-Antoinette,
de la Duchesse de Châteauroux et ses sœurs à
l’Histoire de la Société française pendant
la Révolution, de Quelques créatures de ce temps
au Journal des Goncourt, c’est tout un monde, vingt volumes,
à mettre en regard de l’œuvre littéraire, artistique
et théâtrale. Vingt volumes, creusés et fouillés,
vingt volumes pleins de vie, de charme et de variété,
vingt grandes fenêtres ouvertes sur le siècle
finissant ! Vraiment, il n’en a pas souvent fallu le dixième
pour mettre les Académies au pied d’un homme, et si par
quelque ruse longuement concertée et opiniâtrement
exécutée (telle la longue gageure de Scott) il avait
plu aux Goncourt de se scinder, de laisser le crédit des
romans à l’un d’eux et celui de l’histoire à
l’autre, nous tenons pour assuré que l’historien eût
joui d’une réputation égale à celle du
littérateur. C’est ici un des cas où l’union n’a
pas fait la force — sinon comme travail accompli — et ces cas ne
sont pas rares lorsque le jugement des contemporains représente
la force.
Il
n’y a à proprement parler d’autre chronologie, dans le
xviiie siècle des Goncourt, que celle amenée
par les circonstances, le hasard et le bonheur des découvertes.
L’Histoire de la Société française pendant
la Révolution date de 1854, celle de la Société
pendant le Directoire de 1855 ; les Portraits intimes
sont de 1857, Marie-Antoinette de 1858, Les Maîtresses
de Louis XV de 1860, La Femme au xviiie
siècle de 1862. Quelques-unes de ces œuvres ont subi,
depuis leur première apparition, des remaniements qui ont
beaucoup renforcé leurs qualités. Quoi qu’il en soit,
c’est l’Histoire de la Société française
pendant la Révolution qui ouvre la marche — encore que
les Portraits intimes eussent été entamés
tout d’abord. C’était en 1854. L’heure était
excellente pour faire de la psychologie historique. Il n’existait,
à proprement dire, aucune histoire documentée de la
Révolution. Les meilleurs cerveaux se perdaient dans des
thèses et des rhétoriques mal appuyées, des
histoires grandiloquentes où la vérité avait
bien peu de place, où la légende — croque-mitaine ou
héros — absorbait tout. L’Histoire de la Société
française pendant la Révolution apporta une
réalité sinon la réalité. Elle
donna un des aspects du grand cataclysme ; elle ouvrit la
marche, avec une originalité véritable, aux études
qui devaient suivre. Et telle est la force de l’esprit de recherche
libre, de l’observation scientifique, que les Goncourt, qui sont
des hommes pleins de préjudice et enclins à
l’agression, se trouvèrent avoir écrit l’œuvre la
plus impartiale sur la Révolution qui se fût faite de
tout le demi-siècle. S’il y a des partis pris dans ce livre,
ils s’effacent invariablement sous l’accumulation des faits, sous
l’évidence documentaire. Ainsi, au laboratoire, le plus
prévenu des physiciens s’incline humblement devant la petite
aiguille magnétique ou devant l’incorruptible rhéostat.
Et, en vérité, il n’est pas permis à un
lecteur consciencieux de ne pas lire, à côté
d’une histoire générale de la Révolution,
cette histoire de la société qui l’éclaire, la
complète et fait sortir en relief tous les faits de politique
et de guerre qui, sans elle, demeurent dans le vague et le confus qui
déçoivent l’imagination. Charmante, d’ailleurs,
cette œuvre si supérieurement vraie. Que ce soit la
conversation, la rue, le jeu, — que ce soit la Maison du Roi, la
Bastille, la nourriture, la famine, les toilettes patriotiques, les
dons, les paysans, les pendaisons et les litanies à la
Lanterne, la fédération, l’ameublement, l’amour et
le duel, l’émigration et les luttes de la « petite
guerre de la jeunesse », le serment, le mariage des
prêtres ; que ce soit la mort de Mirabeau, les
aristocrates et les jacobins, la fuite de Varennes, les cafés,
la Patrie en danger, la ruine du pays, la prostitution, les
pamphlets, les prisons, les tricoteuses et les dames de la Halle, le
tutoiement et la religion, l’Être suprême, la
guillotine, les fournées, tout est attrayant comme la vie,
comme la vérité — pour qui aime la vie et la vérité
— et tout tranche sur les histoires antérieures (n’oublions
pas que nous sommes en 1854), comme l’observation sur l’hypothèse.
Les mêmes qualités se retrouveront dans La Société
française pendant le Directoire et les Portraits
intimes. Elles continueront dans Marie-Antoinette. Si la
figure de l’Autrichienne ne fut jamais peinte avec autant de
sûreté, d’ampleur, de charme ; si nul n’a su
mieux mettre en relief cette physionomie impérieuse dans la
grâce (à part que les écrivains ont pallié
des faiblesses et des fautes), il faut surtout louer l’atmosphère
qui règne autour de la reine, l’art supérieur de
faire revivre des temps — et quels temps divers ! — à
propos d’un être. C’est par là que ce livre vivra
dans la postérité, par là qu’il demeurera d’un
souverain attrait en même temps que d’un enseignement
profond. Un pas de plus, et la Marie-Antoinette devenait
l’entière psychologie du trouble-règne et du
cataclysme effroyable. Elle est, en tout cas, de la « grande
histoire » ; elle dépasse les tentatives
antérieures des Goncourt de tout ce qu’une généralisation
plus haute, la force du récit, la convergence des événements,
la hardiesse de la déduction et de l’induction, peuvent
ajouter à une documentation presque irréprochable.
Les
Maîtresses de Louis XVforment une suite de biographies.
Elles ont subi des modifications considérables, et Edmond de
Goncourt a dit, lui-même, que leur forme première le
satisfaisait médiocrement : « On ne sentait
pas la succession des temps, les années ne jouaient pas le
rôle un peu lent qu’elles jouent dans les événements
humains ; les faits, quelquefois arrachés à leur
chronologie, se précipitaient sans donner l’idée de
la durée de ces règnes et de ces dominations de
femmes. » Modifiées, elles ont grande allure, à
travers une merveilleuse élégance, et Madame de
Pompadour nous donne bien l’impression saisissante d’une
heure fatale, vertigineuse, destructrice de l’Histoire de France.
Et non pas tant le sentiment de dissolution — encore qu’il y
éclate puissamment — mais parce qu’il arrive ce grand
malheur que Madame de Pompadour « se souciait et se
préoccupait de l’Histoire ». Parce qu’elle
« avait rêvé de lier son image et ce nom de
Pompadour à un règne de conquêtes, à des
villes prises, à des provinces soumises, à
l’agrandissement de la monarchie, à l’éclat de nos
armes, au fracas des victoires, à toutes les grandes
immortalités de la guerre, ce patrimoine de l’honneur d’un
peuple ».
Songez
combien Louis était pacifique. Il le fut jusqu’à
l’imbécillité après Fontenoy. Mais à
l’aube de la guerre de Sept ans, cette disposition était
excellente : la France se pouvait agrandir sans coup férir,
réclamer, pour prix de sa neutralité, quelques beaux
territoires et, sans doute les conserver. Frédéric se
fût gardé de ne pas accéder à de telles
demandes, l’Angleterre y pouvait difficilement contredire. Cette
conquête se pouvait affermir comme s’étaient
affermies, sous Louis XIV, les conquêtes de la Flandre et de la
Franche-Comté. Au pis-aller, on pouvait ne rien réclamer
du tout et se tenir à l’écart : la Prusse n’y
eût pas gagné une bouchée. Au lieu de cela, la
Pompadour mène la guerre, et seule la mène, à
l’encontre du goût de presque toute la France pensante, et
c’est bien ici que les Goncourt peignent, dans cette lumière
si nette où ils montrent la favorite du roi, des hommes, des
femmes, et le caractère de l’amour, de cet amour qu’ils
vont synthétiser dans cette merveilleuse étude de la
Femme au xviiie siècle.
Nous ne savons rien de plus exquis et de plus vivant sur ce chapitre,
de plus étincelant, pénétrant, subtil et
épouvantant. C’est ici de l’histoire au sens le plus
humain, le plus intime, la reconstruction immédiate des âmes,
et ce sera peut-être dans des époques futures, avec un
peu moins de littérature et un peu plus de sévérité,
la vraie manière historique. Après avoir lu la Femme
au xviiie siècle, on en
sait décidément plus, sur ce temps, qu’après
dix livres de grande histoire. Le seul regret est que, tout compte
fait, il y soit trop peu question du peuple, de la grande semence des
races. C’était ardu et difficile, il est vrai ; aussi
bien n’exprimerons-nous qu’un regret et non un reproche. Ce livre
est trop de la rénovation et de l’originalité pour
lésiner sur l’admiration. Toute la femme : enfance,
mariage, adultère, intensité de la culture, licence
excessive, esprit, curiosité, perversion, corruption ;
tout l’homme : roué, bel esprit, cruel, sarcastique,
et, d’autre part, philosophe, humanitaire, esprit large et libre,
ouvert à tous les courants cérébraux, s’y
reflètent. Et quelque chose encore s’en dégage, qui
trouble, qui peu à peu donne le frisson, un frisson aussi
sépulcral que les grandes pestes, les grandes guerres et les
grandes famines, une horreur de danse de Saint-Guy, la Peur de
la Mort cachée sous l’étincellement de
l’esprit et le resplendissement du goût, non la Peur
de la Mort d’un être ou d’un million d’êtres,
mais la Peur de la Mort d’une race : on sent
trop que ce n’est pas une élite seulement qui est en cause,
une aristocratie, mais toute une nation — et que celle-là
n’avait pu éclore avec ses macabres caractéristiques
sans que celle-ci portât, en elle, le germe d’une maladie
douloureuse, la maladie dont la France n’a cessé de souffrir
depuis cent ans, sans qu’on puisse, hélas ! prévoir
l’heure de la guérison.
Faut-il
dire que les Goncourt, historiens, psychologues « du
xviiie siècle », sont tout près
d’avoir touché à l’histoire contemporaine ?
Les Idées et sensations, Quelques créatures de ce
temps, le Journal sont de véritables
« contributions » à l’histoire du xixe
siècle. Le Journal, surtout, demeurera un des reflets
les plus exacts de notre temps. Ce ne sont, à la vérité,
que des séries de notes, mais d’une justesse extrême,
d’une vivacité de couleur et de dessin qui fixent
d’inoubliables « moments » d’hommes et de
contingences. Et ce Journal, qu’on y songe, a déjà
quarante-cinq ans, près d’un demi-siècle !
Quarante-cinq ans de volonté incessante de ne reproduire que
des choses vues, vécues, entendues, quarante-cinq ans de
constatations immédiates, cela est absolument unique.
Les meilleurs mémoires sont des souvenirs, de faits rétablis
après coup, déformés par l’inévitable
mensonge du souvenir, sauf de bien rares et bien courtes
exceptions. Ici, indépendamment de toute autre valeur, un long
effort de fixer, presque sur le coup, des choses jugées
intéressantes, une patiente énergie de collectionneurs
de réalités assurément sujets à erreur,
mais combien moins que les souveneurs ! Et si l’on y
ajoute l’être qui regardait, observateur né, doué
de la plus merveilleuse faculté de reproduire la vie des
choses, le Journal devient un document inestimable. Il va sans
dire que le talent et l’originalité artistique surabondent.
Telle page reflète toute l’Œuvre des Goncourt, et comme
quelques débris résument au géologue l’histoire
d’un âge de la terre, il est des parties du Journal
qui racontent nettement et la tournure d’esprit des Goncourt et
leur originalité de fond et de forme, et leur vérité,
et la force qu’ils déployèrent pour doter de
nouveauté un monde qui est aussi lent à récompenser
les créateurs qu’il est ardent à courir aux
vulgarisateurs. Il n’importe, une heure viendra où il faudra
bien reconnaître qu’ils sont de la lignée des Maîtres
géniaux, alors que tel soi-disant chef de réalisme ne
fut que l’heureux moissonneur du champ qu’il n’avait pas semé.
J.-H. ROSNY.
Le
Théâtre des Goncourt
À
cette heure, où deux nouveaux drames d’Edmond de Goncourt
vont être joués, l’un à Vienne, La Faustin,
l’autre à Paris, sans doute, Manette Salomon, je ne
puis me tenir de rêvasser un peu sur la malchance, l’injustice,
sur les fureurs qui accueillirent au début le théâtre
des Goncourt.
Il
n’est question ici, bien entendu, que de quatre œuvres :
Henriette Maréchal, La Patrie en danger, Germinie Lacerteuxet À bas le Progrès… Il en exista plus :
Étienne Marcel, jadis, cinq actes en vers, Sans
Titre, vaudeville, deux actes ; Abou-Hassan,
vaudeville, trois actes ; La Nuit de la Saint-Sylvestre,
proverbe ; Mam’selle Zirzabelle, livret
d’opéra-comique ; Les Hommes de lettres, embryon
du roman Charles Demailly ; puis La Blague,
comédie satirique ; mais, beaucoup ayant été
mises au feu, une, je crois, égarée dans un théâtre,
et la dernière imparfaite, je ne les cite qu’à
vau-l’eau et continue de rêvasser…
Oui,
pourquoi l’échec d’Henriette Maréchal,
d’abord ?... Pourquoi La Patrie en danger ne fut-elle
représentée qu’au Théâtre-Libre,
longtemps après sa publication ?... Pourquoi les colères
de la critique à la première de Germinie Lacerteux,
et pourquoi la malchance d’À bas le Progrès ?...
Parbleu !
je sais qu’à la reprise, Henriette Maréchal
triompha… que La Patrie en danger n’a pas dit son dernier
mot… que Germinie a maintenant plus de cent soirs… qu’À
bas le Progrès doit rebondir, lui aussi, et faire des
pygmées !... mais je ne comprends, ne m’explique rien,
écoute les sifflets, les joies d’animaux, les piaffes qui
emplissaient l’Odéon ; je me souviens des aigres
feuilles cliquant des ailes au lendemain de La Patrie, d’À
bas le Progrès ! et je constate qu’un individu
traînant un ridicule sobriquet, Pipe-en-Bois, comme certains
masques, les jours gras, traînent un bout de chemise au
derrière, fut, en la Comédie-Française, une
cause de chute à Henriette Maréchal…
Pourquoi ?...
Ils
ne gênaient personne, cependant, les Goncourt ! ne
voulaient prendre la place d’aucun, se contentaient d’essayer, de
chercher, au hasard des trouvailles ! Et leur talent était
incontestable, de premier ordre ! et tout autre pays, à
les voir forts, si développés en un genre, eût
été curieux de les suivre en un genre moins habituel.
Oh !
la critique, dure aux hommes de valeur, pitoyable aux médiocres !
la critique rébarbative, sourde, aveugle, mille fois trop
nerveuse !... Est-ce parce que les Goncourt n’étaient
pas d’un journal qu’on essaya de les étrangler ?...
Une pièce louche, une pièce torve, une pièce
d’assassin n’eût pas soulevé plus de haine, plus de
mensonge que n’en éparpilla Germinie Lacerteux :
« Un fou, un simple fou », l’auteur de Renée
Mauperin, l’artiste de Madame Gervaisais !
« Monstrueuse, ignoble », Germinie enceinte,
terrible, prise des premières douleurs à une table
d’innocence ! « Tribade », Mlle
de Varandeuil, la vieille fille aux nerfs si généreux !
Vitu l’a déclaré…
Ah,
çà, messieurs Dupuy, Linyer, Bernard, Nivet, Rauquet,
jeunes inconnus de 1865, inconnus d’à présent, vous
qui fîtes cette naïve protestation contre Henriette
Maréchal, n’aviez-vous pas saisi l’écriture du
drame, et qu’une engueulade se trouve littéraire quand un
littérateur l’a ouvrée ?...
La
Patrie en danger ne contient-elle pas l’acte de Verdun, l’acte
de Port-Libre ? N’est-elle pas une des rares pièces
d’histoire où l’on ait eu souci du document historique ?
Et Boussanel, prédécesseur de Cimourdain, ne vaut-il
pas Cimourdain, n’en a-t-il pas le geste, l’attitude ?...
À
bas le Progrès ne serait-il plus une tentative au théâtre,
tentative où le sens commun, la farce pelotent le préjugé,
la mode, le neuf, les embrouillent, les moquent, pour devenir de la
très haute, de la très orgueilleuse fantaisie ?...
Et
comme le théâtre des deux frères est bien
d’ensemble avec le reste de leur création ! Aux romans
d’analyse, j’oppose Henriette Maréchal, aux études
sur le xviiie siècle, La Patrie en danger, à
l’humour des Florissac, des Couturat, des Anatole, l’humour d’À
bas le Progrès…
Quant
à ces personnages secondaires qui, par chaque roman, chaque
pièce, sont aux personnages de façade ce que les
faubourgs sont aux villes, j’ose, chez les Goncourt, indiquer aux
anémiés de lettres le monsieur en habit noir,
Gautruche, madame Jupillon, la grande Adèle, etc. Un tour de
jambe, quelque intelligence, et ni vu ni connu, ils passeraient de la
pénombre à la vive lumière…
Mais
la plus nette, la plus superbe pièce des Goncourt me semble
être Germinie Lacerteux, cette Germinie roulant de la
mélancolie des vierges à la mélancolie des
mères, puis à cette autre mélancolie, ultime,
que l’on devrait appeler la mélancolie du trottoir et de la
mort. Et je n’aperçois rien de mieux beau, dans les divers
théâtres, que la scène où Mlle
de Varandeuil apprend de son portier ce qu’était Germinie,
la Germinie dont elle ne soupçonnait aucune frasque…
Et
mon pourquoi recommence, le pourquoi des colères, le pourquoi
des haines déchaînées ? Ils ne sont donc pas
sympathiques, les Goncourt ?... Je me questionne… je
m’interroge…
La
Bruyère nous raconte qu’il y a deux grandeurs : la
fausse et la vraie. « La véritable grandeur est
libre, douce, familière ; elle se laisse toucher et
manier, elle ne perd rien à être vue de près ;
plus on la connaît, plus on l’admire ; elle se courbe,
par bonté, vers ses inférieurs, et revient sans effort
dans son naturel ; elle s’abandonne quelquefois, se néglige,
se relâche de ses avantages, toujours sûre de pouvoir les
reprendre et de les faire valoir ; elle rit, joue, badine, mais
avec dignité ; on l’approche tout ensemble avec
liberté et avec retenue ; son caractère
noble… »
Baste !
à la réflexion, si Edmond de Goncourt n’est pas
sympathique à plusieurs, c’est peut-être qu’il
détient cette grandeur-là, et non l’autre.
LÉON
HENNIQUE.
Les
Goncourt artistes et esthéticiens.
Au
xixe siècle, la littérature se hausse
jusqu’à l’art, se mêle intimement à lui pour
mieux exalter par la forme la pensée française. De ce
recours simultané à l’esprit et aux sens, résulte
la rénovation qu’annonce Chateaubriand « le
premier écrivain d’images », et qu’accomplirent
glorieusement et Jules de Goncourt. Leur influence prééminente
sur l’évolution des lettres modernes vers l’art, s’impose
et s’explique de soi-même : les deux frères
débutent vers la fin du romantisme et l’on sait en quelle
étroite communion vivent alors l’écrivain et le
peintre, combien les lettres et les arts plastiques réciproquement
s’empruntent, volontiers se transposent. D’autre part, la nature
des Goncourt est esthétique par atavisme et par constitution ;
le raffinement du goût prédomine chez plusieurs de leurs
ascendants ; pour eux-mêmes, vibrants à toutes
perceptions, doués du « tact sensitif de
l’impressionnabilité », ils possèdent un
tempérament de nerveux lymphatiques, excellemment propre à
saisir les délicatesses jusqu’en leurs plus subtiles
nuances. Cette acuité des sens, tout s’accorde à la
développer : la maladie, la mise en jeu constante des
facultés observatrices, les habitudes d’une existence toute
de labeur, enfin l’état d’une société
blasée, savante, vieillie. À cultiver de la sorte leur
névrose, la vivacité des sensations s’exacerba,
devint douloureuse, comme chez un « écorché
moral », et, de plus en plus aussi, les Goncourt, saturés
de civilisation, préférèrent à l’œuvre
de Dieu les œuvres de l’homme et l’art à la nature. « Les
générations présentes, lit-on dans le Journal,
sont trop amoureuses du factice, de l’artificiel, pour être
amusées par le vert de la terre et le bleu du ciel ;
devant une toile d’un bon paysagiste, je me sens plus à la
campagne qu’en pleins champs en en pleins bois. » C’est
le temps où le Samuel de Baudelaire (dans la Fanfarlo)
voulait repeindre les arbres et le ciel et où Gustave Flaubert
s’avouait aussi troublé par les douleurs fictives
qu’indifférent aux peines réelles.
« Voir,
sentir, exprimer », telles sont, selon les Goncourt les
fins du « sens artiste », et l’on sait déjà
si les deux frères furent réceptifs et lucides ;
mais de quelle façon le troisième terme allait-il être
atteint, comment l’impression, si avidement recueillie,
réussirait-elle à se traduire ? Dans la variétés
des voies suivies éclate le plus flagrant, le plus insolite
témoignage du pouvoir d’exprimer ; il se manifeste sous
de doubles espèces ; il s’incarne parallèlement
dans des œuvres littéraires ou plastiques, et les Goncourt
offrent l’exemple unique d’écrivains qui furent tout
ensemble des peintres, des graveurs, non pas occasionnels ou
négligeables à la façon d’un Victor Hugo ou
d’un Théophile Gautier, mais des pratiquants assez
essentiels pour que leur contribution se trouvât requise en
1889, lors de la revue séculaire de nos gloires du pinceau et
de la pointe. Une justice rendue demeure toujours, pour les Goncourt,
une exceptionnelle aventure et l’indéfectible manie
classifiante devait, sans manquer, faire autour de productions
« extra-littéraires » l’ombre et le
silence. Contre tant d’exclusivisme protestent la spontanéité
du talent affirmé, l’éducation reçue, la
carrière dès l’abord suivie ; car les lettres ne
disputèrent pas tout de suite les Goncourt à la
peinture, et les tournées entreprises en France, en Algérie,
dans les Flandres (1849 et 1850) n’eurent d’autre but que de
satisfaire une vocation d’artiste impérieuse, « une
véritable rage de dessin et d’aquarelle ». Dans
de tels travaux, le cadet était mieux servi par la vivacité
de l’humeur, par la prestesse de main, par la tendance à
l’immédiat que l’aîné plus réfléchi,
plus méditatif, porté davantage vers les lentes
spéculations de l’analyse. De fait, les arts dans lesquels
Jules de Goncourt s’est illustré ne laissent ni tiédir
l’inspiration, ni s’accalmer la surexcitation nerveuse. Le
primesaut, l’emportement de ses croquis — les carnets de voyage
et l’Italie d’hier en font foi — le rapproche de Gabriel
de Saint-Aubin ; son aquarelle, comme celle d’Isabey,
d’Hervier, aime à montrer la vie du présent, se
continuant, dans le cadre pittoresque d’architectures vétustes ;
de ce décor, Jules de Goncourt rend toute l’ancienneté,
faisant dire par la nuance la matière vieillie, mettant sur
ces murs de brique, de pierre ou de bois, l’usure des siècles,
le passé du temps. C’est chez lui une prédilection
pour le ton intense, éclatant, une recherche des contrastes
violents d’ombre et de lumière, enfin un sentiment singulier
de ces jeux de l’ambiance qui vont tout à l’heure
préoccuper si fort la peinture moderne. Pour dire les
rutilances à la Decamps et les douces effluves des clartés
boningtoniennes, Jules de Goncourt fait appel à toutes les
ficellesdu métier, use des frottis, revient avec le
grattoir, avec le crayon lithographique, sur les larges coulées ;
il invente en fin de compte une aquarelle qui atteint à la
transparence extrême et offre la solidité, l’éclat
consistant de la peinture à l’huile. Avec plus de fièvre
encore, il s’est livré à l’eau-forte, passionné
par les joies de la taille, l’énigme de la morsure,
l’anxiété du tirage. « Particularité
étrange, avoue le Journal, jamais les travaux de
l’imagination n’ont eu pour nous cet empoignement (de
l’eau-forte) qui fait oublier non seulement les heures, mais encore
les ennuis de la vie et tout au monde ». Dans les
quatre-vingt-six planches de Jules de Goncourt (1), vous ne
rencontrerez rien de la monotonie désespérante, de la
pauvre unité de moyens des professionnels ; à
plaisir la technique se diversifie ; pour les scènes
contemporaines, la Salle d’armes, par exemple, la pointe va,
vient, établit à grands traits les plans, cerne les
contours avec la belle aisance, le jet souple et libre d’un
crayon ; s’agit-il d’interpréter les maîtres
d’élection, au thème abordé s’approprie un
procédé judicieusement choisi, pointillé,
hachure ou grignotis ; et jamais le dessin nerveux de Watteau,
gras de Boucher, jamais la vie débordante, brutale des masques
de La Tour n’ont été traduits aussi palpitants, avec
une pénétration du génie et de l’œuvre intime
à ce point que Watteau, Boucher, La Tour sont là gravés
comme s’ils s’étaient gravés eux-mêmes et que
ces eaux-fortes possèdent le ragoût, la haute valeur,
d’estampes originales. Oui, cette suite est de capitale
importance ; elle resplendit de vie, de couleur et de liberté ;
elle domine de toute la supériorité du don sur
l’acquis ; et n’en déplaise à la bienveillance
ironique des iconographes, il eût suffi de ces eaux-fortes pour
assurer contre l’oubli le nom de Jules de Goncourt.
Sans
les reproductions incluses dans le Moyen âge et la
Renaissance de Paul Lacroix, nous ne saurions rien des dessins
d’Edmond ; quant à ses autres ouvrages, il semble que
le survivant se soit plu à les anéantir presque sans
merci, pour s’immoler à la gloire fraternelle ; mais,
tout de même, l’auteur du portrait aquarellé de Jules
de Goncourt, de ce portrait caractéristique par la saisie de
l’allure, du milieu, par la caresse enveloppante du jour tamisé,
et le graveur qui a enlevé d’une pointe rembranesque l’Étude
de jacquet d’après Chardin, ne saurait mériter
l’effacement volontaire auquel il s’est astreint, mû par un
sentiment d’admirable piété. Puis, le culte actif de
l’art se trahit d’autre façon encore chez Edmond de
Goncourt : à méditer une reliure, à
composer un mobilier, il se dépense autant qu’à
élaborer un livre. Des deux frères, il fut certes le
plus pourvu d’esprit critique, le plus doué de l’instinct
de la collection ; pour cela, il lui appartint d’orienter vers
des horizons nouveaux le goût de ses contemporains, en formant
ce musée d’Auteuil, en créant cet exemplaire « maison
d’un artiste » où chaque salle, chaque œuvre,
chaque objet vient établir le bien fondé des théories
émises et prouver l’excellence de l’esthétique des
Goncourt.
Cette
esthétique qu’on a voulu, contre toute raison, faire aboutir
au dilettantisme, il la faut tenir au contraire pour une vue large,
perspicace et rayonnante de la beauté. C’est pitié de
songer qu’au lieu de reconnaître dans la révélation
du rare et de l’exquis le témoignage d’organisations
supérieures, mieux que toutes autres averties, qu’au lieu de
s’applaudir de découvertes prolongeant le champ de
l’activité sensitive, intellectuelle, on ait traité
de « curiosité » des acquisitions dont
les lettres, les arts n’ont pas cessé depuis un demi-siècle
de faire leur profit ! Et la méprise ne fut pas moindre,
lorsque les deux frères vinrent à préconiser
l’originalité, à définir superbement le Beau :
« le rêve du vrai », le style :
« une vue neuve de la création », le
talent : « la faculté de nouveauté
inhérente à chacun ». On ne prit pas garde
qu’en étudiant le « Beau utile, appliqué »,
au même titre que le « Beau pur, noble »,
ils proclamaient « l’unité de l’art »
bien avant l’instant où elle fut officiellement reconnue ;
on ne s’aperçut pas qu’en basant sur la personnalité
leur critérium, Edmond et Jules de Goncourt fondaient la seule
doctrine admissible, valable : l’individualisme.
Combien
cependant la sûreté de leurs jugements se fût
pressentie, si un instant la haine aveuglante avait pu faire trêve !
La qualité de l’appareil nerveux, l’exercice de l’art,
l’étude de ses manifestations prédestinaient les
Goncourt à réaliser le type idéal du critique,
tel que le rêvent les philosophes : un penseur « ayant
reçu de la nature le don d’une impressionnabilité
très vive » et possédant par surcroît
« le sentiment profond des conditions esthétiques,
lequel ne s’acquiert que par la pratique de l’art et la
comparaison attentive d’un grand nombre d’œuvres »
(2). Or, à suivre la beauté à travers les âges,
à la dépister dans son incessante métamorphose
s’absorbèrent ceux qui avaient écrit : «
Nos vrais parents sont au Louvre. » Ces prétendus
dilettantes, confinés par la légende dans le culte du
« bibelot » et l’engouement d’une époque,
ont eu la compréhension de l’art de tous les temps ;
ces soi-disant détracteurs de l’antiquité ont laissé
sur l’Égypte, la Grèce, sur le Torse du
Vatican, les bronzes de Pompéi, sur le Colysée, les
pages les plus intelligemment admiratives. Si leur sympathie pour le
moyen âge se confond avec celle de leur génération,
qui donc a osé, comme eux, dès le milieu du siècle,
exalter les primitifs, donner le pas à Rembrandt sur Raphaël,
attiser la renommée d’un Turner, d’un Goya ou d’un van
der Meer de Delft ? Partout leur œuvre, au hasard des
rencontres, des voyages, ils ont semé des chapitres d’une
histoire de l’art, révélatrice chez les plus grands
de beautés insoupçonnées, d’une histoire
équitablement révolutionnaire, soufflète qui les
opinions reçues et rabâchées, casse les arrêts
caducs, stigmatise les usurpateurs et relève de leur déchéance
les gloires ruinées, de connivence avec les annalistes, par le
préjugé et la convention.
Aujourd’hui
que leurs revendications ont triomphé, sied-il de méconnaître
que la lutte fut âpre, longue, difficile, et oubliera-t-on en
quel discrédit l’école nationale était tombée
lorsque les Goncourt entreprirent sa patriotique remise en honneur ?
Les brochures du temps débordent d’un insultant mépris
pour ces « peintres galants » que l’auteur
rougit et s’excuse presque de citer. Dans ces années de
contemption, où la faveur officielle va aux seuls tableaux
italiens ou flamands, les Goncourt s’élèvent en
justiciers, au nom du génie de la race et de l’esprit
français ; ils présagent à l’Embarquement
pour Cythère la consécration du Salon carré,
et font paraître leur Art du dix-huitième siècle.
Livre sans second, qui échappe au parallèle, défie
la classification ! Sur la matière neuve, les deux frères
s’expriment du coup, définitivement, en poètes et en
érudits, en philosophes et en peintres. Aussi bien, quand
advint-il de rencontrer, au service d’une foi ardente, tant de
ressources réunies : l’universalité des vues et
l’intelligence de l’époque, la sûreté du sens
critique et l’exactitude de la documentation, la magie du style et
l’initiation technique qui permet de raisonner du métier, de
s’y attacher, non moins qu’à l’idée ? Puis,
pour faire la célébration plus complète, pour
s’employer tout entiers à leur tâche glorificatrice,
voici les Goncourt alliant à leurs dons de voyants, de
lettrés, leur beau talent d’aquafortistes, les voici
reproduisant les chefs-d’œuvre commentés, devenant les
illustrateurs — et quels ! — de leur prose, les voici
élevant un monument écrit, gravé, qui restera
comme le plus durable hommage rendu par notre âge aux peintres
nationaux de l’Élégance, de la Grâce et de
l’Intimité.
Entre
tant de raisons qui firent l’art du xviiie siècle
cher aux Goncourt, celle-ci peut être rappelée :
c’est un art « touche à tout », un art
qui verse le prestige de son charme sur les entours, les accessoires
d’une civilisation ; et la beauté plastique, d’après
les deux frères, n’est pas incluse dans le tableau, la
statue seulement, elle se répand sur tout ce que l’homme
crée pour son service ou son besoin. Loin d’admettre les
hiérarchies cousiniennes, de mésestimer l’objet de
vitrine ou d’usage, les Goncourt s’y intéressent plus
encore qu’à la peinture, émus par la qualité
des formes, des styles et par la « mélancolique vie
latente des choses ». Qu’est-ce, à vrai dire, la
Maison d’un artiste, sinon l’histoire de la décoration
en Europe — et en Orient aussi, car la doctrine des Goncourt les
conduit, comme de juste, vers les nations où l’art et
l’industrie le plus étroitement se pénètrent ?
Il en est une privilégiée, une qui offre avec
l’ancienne Hellade et partant, avec nous, les plus frappantes
analogies de caractère, de sensitivité, d’humeur ;
sur cette terre heureuse, la matière, toutes les matières,
et le tissu et le bois, et le métal et l’argile, ont été,
ainsi que nulle autre part, embellies, parées,
spiritualisées ; là-bas, inasservie au joug des
règles, dégagée de toute entrave et de tout
ressouvenir, l’imagination déconcerte et enchante par le
contraste et l’imprévu de ses trouvailles ; elle offre
ce « grain d’opium si montant, si hallucinant, si
curieusement énigmatique pour la cervelle d’un
contemplateur ». C’est pourquoi l’art japonais avec
son mystère et sa fantaisie, avec ses subtilités et ses
quintessences, sut à merveille apaiser le tourment des
Goncourt, assoiffés de délicatesse, irrassasiés
de nouveau. À son contact et à son exemple,
l’esthétique d’Occident se transforme : le dessin se
simplifie, la couleur s’affranchit ou s’affine, la composition se
dissymétrise. L’heure n’est pas d’apprécier la
portée d’une action émancipatrice, qui dure encore ;
mais au moins convient-il d’en marquer l’origine au passage et de
restituer aux Goncourt l’initiative d’un mouvement en tout point
décisif.
En
réhabilitant l’École française, en suggérant
la profitable curiosité de l’extrême Orient, les deux
frères s’érigeaient, par deux fois, avec un plein
succès, avertisseurs du goût, directeurs de l’opinion ;
mais sensibles à la vie vivante, à la beauté des
êtres et des aspects, ils eurent aussi les yeux grand ouverts
sur l’humanité et l’œuvre de leur temps. Si le Roman
continue chez eux l’Histoire, les travaux sur le Rétrospectif,
l’Exotique se complètent par l’étude passionnée
de l’art ambiant ; poursuivie au jour le jour, sans arrêt,
dans les Mémoires, elle forme le fond des articles de
L’Éclair, du Paris, traverse l’action de En
18.., de Charles Demailly, de Manette Salomon,
enfin s’isole dans les livrets sur les expositions et dans la
monographie de Gavarni. Maintenant, que les années
coulent, que les tendances se succèdent, que les
manifestations se varient, toujours, ou à bien peu près,
on voit les Goncourt pronostiquer sur le présent le jugement
de l’avenir et prouver cette extraordinaire clairvoyance dont seul
avec eux, J.-K. Huysmans aura le partage. Furent-ils unîment
d’exceptionnels arbitres ? Le désir aussi les a hantés
d’étendre le bénéfice de leurs découvertes
et de faire reconnaître d’intérêt esthétique
des sources d’inspiration ignorées ou honnies. Écoutez-les
supplier le peintre d’être « un homme pour qui le
monde visible existe », « d’apprendre à
voir », de regarder autour de lui : « Tous
les temps portent en eux un Beau saisissable, exploitable,
disent-ils… La sensation, l’intuition du contemporain, du
spectacle qui vous coudoie, du présent dans lequel vous sentez
frémir vos passions et quelque chose de vous, le Moderne, tout
est là pour l’artiste ! » Mais le Moderne,
des Goncourt, n’est ni la superficielle mise en peinture de la
mode, ni la copie quasi philosophique d’un événement
sans signification ; leur Moderne n’a rien de la joliesse, de
la fade banalité du genre aujourd’hui qualifié tel ;
il ne se satisfait pas plus de la consignation des apparences, qu’il
ne se limite à un ordre de sujets. Bien autre est l’envolée
de leur conception. « À côté des
mœurs, des scènes, de la rue qui passe, il y a aussi du
grand, du gigantesque dans ce siècle-ci », et avec
un infini regret, ils se prennent à songer « à
toutes les belles choses modernes qui mourront sans un homme, sans
une main qui les sauve ».
L’art
seul, au jugement des Goncourt, donne l’immortalité,
« éternise l’humain, le transitoire »,
et hors lui, rien ne vaut. Pour l’avoir aimé, cultivé,
chanté de toutes manières, ils s’en trouvent possédés
au point de ne plus voir qu’à travers lui la nature ;
chaque épisode de vie évoque un souvenir de peinture,
de dessin, de statue ; Dieu lui-même, ils le conçoivent
d’après la fresque de Michel-Ange. Qui donc s’étonnera
si, sur l’œuvre entier, l’art rayonne bienfaisant, s’il
secourt puissamment l’historien pour la reconstitution du milieu,
le romancier pour l’ordonnance, le cadre de la fable, la
physionomie des personnages ? Notre grand Michelet se
réjouissait déjà du progrès promis à
la sociologie par l’appoint de cet élément nouveau.
De son côté, M. Alphonse Daudet a signalé
l’heureux et particulier système de romans composés
d’une suite de « tableaux » où chaque
chapitre forme un tout, complet en soi, indépendant presque.
Sans s’arrêter à ce que le décor et le type
doivent de vérité aux notations aquarellées,
sans insister sur les goûts des héros, goûts si
souvent hérités des auteurs, combien d’impressions
précieuses, de lumière, de ton, de mouvement ne
pouvaient émaner que d’écrivains-peintres ! Sur
le style, l’influence est plus irrécusable encore, témoin
la valeur imagière de l’épithète, et le
penchant à d’abord désigner la forme, la nuance,
substantivement, afin d’éveiller la sensation avant même
de spécifier l’objet. « Je voudrais, apprend le
Journal, trouver des touches de phrases, semblables à
des touches de peintre dans une esquisse, des effleurements, des
caresses et des glacis de la chose écrite… »
Pleinement l’ambition s’est trouvée atteinte et pour
qualifier avec précision cette langue picturale, pour la bien
louer, toujours l’emploi du vocabulaire plastique s’impose, soit
que Sainte-Beuve reconnaisse aux Goncourt le privilège
« d’attraper le mouvement dans la couleur »,
soit que Théophile Gautier les sacre à jamais les
« graveurs sur pierres fines de la prose ».
D’après
Lamennais, il existe pour l’homme trois sphères d’activité,
trois ordres d’action : l’Industrie, puis la Science, et
plus haut l’Art, exercice d’un pouvoir créateur, presque
divin. C’est à l’art ainsi entendu, à l’art tout
entier qu’Edmond et Jules de Goncourt ont voué une carrière,
d’un bout à l’autre poursuivie magnifiquement, sans
faiblesses ni sacrifices, malgré la décevante destinée
infligée aux prescients, aux inventeurs. Pour rénover
le Roman, l’Histoire, le Théâtre, la Critique, ils ont
tiré tout d’eux-mêmes, l’idée, l’émotion,
le verbe ; ils ont confondu leur vision de penseurs avec leurs
facultés de peintres, et rendu ainsi nécessaire cette
rare appellation d’artistes, qui leur est aujourd’hui
coutumièrement dévolue. À les définir de
la sorte, il semble que l’on cèle moins l’aristocratie de
leur œuvre, l’originalité de leur génie par-dessus
tout esthétique. Avec plus d’évidence s’indiquent
la nouveauté de l’optique, l’affinement de la sensation,
la recherche constante de l’« écriture » ;
avec plus d’équité se mesurent le domaine immense
parcouru, les vastes champs explorés, la prépondérance
exercée par ces chefs d’école. Artistes, nuls ne le
furent plus foncièrement que ceux-là, qui sacrifièrent
avec une abnégation hautaine la vie à la survie et
préférèrent, pour leur œuvre, aux acclamations
de la foule, le suffrage de l’élite, annonciatrice
infaillible de la Postérité.
ROGER MARX.
(1)
L’œuvre complet de Jules de Goncourt se trouve au Cabinet des
estampes ; à sa suite ont été placées
dix eaux-fortes gravées par Edmond de Goncourt, « pour
tenir compagnie à son frère pendant qu’il piochait le
cuivre ». Un recueil de vingt planches de Jules a paru,
sous forme d’album, à la Librairie de L’Art en
1876, avec notice et catalogue de Ph. Burty.
(2)
Eugène Véron, L’Esthétique, p. 78 et
80.
Edmond
et Jules DE GONCOURT(1).
Deux
hommes ont tout mis en commun : rêves, ambitions,
sympathies et labeur. L’injure longtemps leur a rendu cette
justice, ne pouvant se renouveler, d’éclater plus véhémente
à mesure qu’en cette mystérieuse collaboration l’un
jetait une passion plus énergique, l’autre une plus exquise
mélancolie. Au nom de principes ambigus, le Parquet les a
poursuivis et le Parlement les a jugés ; au nom de la
pudeur, de la politique, de la Femme — et de la gaîté !
— on a prétendu écarter les irréfutables
documents qu’ils livraient, nier leur impartiale loyauté,
railler leur pitié, condamner leurs plaidoyers. Cependant
aucun doute jamais n’a arrêté leur tâche. Sans
forfanterie — cette lâcheté des violents — sans
concessions, ils ont peiné, amassant la matière de plus
de quarante volumes et la pensée de trois générations.
C’est là l’histoire de leur vie. N’étaient les
luttes qu’il leur fallut soutenir, une bibliographie en tiendrait
lieu. « Vous avez dû beaucoup voir et très
peu vivre, dit Boisroger à Charles Demailly. Il n’arrive que
des idées aux hommes d’idées. Balzac s’est marié :
c’est la seule aventure de son existence. » À la
jeunesse de ce temps on peut les proposer en exemple, ces féministes
qui ont fui la femme, ces hommes de lettres qui ont méprisé
l’opinion publique, la gloire immédiate et l’argent pour
ne jouir en ce monde que de l’amour de leur art.
« Estimés
et haïs, voilà notre lot », écrivaient-ils
dans l’exaspération d’un jour lointain déjà.
Leur lot s’est accru d’innombrables admirations. Leur devise
reste : Malgré tout.
M.
Edmond de Goncourt est né le 28 mai 1822 à Nancy (2).
C’est à Paris que naquit Jules de Goncourt le 17 décembre
1830. Leur grand-père avait été député
par le tiers état du bailliage de Bassigny-en-Barrois aux
États généraux de 1789 et à l’Assemblée
constituante. Leur père, entré au service à
l’âge de seize ans, laissé pour mort sur le champ de
bataille de Pordenove, l’épaule droite cassée d’un
coup de feu en Russie, « comptait parmi les plus jeunes
officiers supérieurs qui avaient le plus bel avenir, lorsque
la bataille de Waterloo brisait son épée et ses
espérances. » De cette race de Lorrains et de
soldats, les Goncourt devaient hériter leur altière
ténacité. Edmond était encore élève
de la pension Goubeaux, où il eut M. Alexandre Dumas fils pour
condisciple, quand son père mourut, laissant à une
veuve, après la douleur de deux filles perdues, le souci
d’élever deux fils. L’aîné poursuivit ses
études au lycée Henri IV, où M. Caboche,
professeur de troisième, lui disait un jour : « M.
de Goncourt, vous ferez du scandale ! » Après
des succès au grand Concours, le cadet, orgueil de sa mère,
dont il semble avoir continué la grâce, entrait en
rhétorique au collège Bourbon, fabriquait, sur la
terrasse des Feuillants, aux heures de classe, un drame en vers :
Étienne Marcel, et illustrait Notre-Dame-de-Paris
de dessins à la plume. À l’admiration de Victor Hugo
devait s’ajouter — peut-être même succéder ?
— celle de Balzac. Cette ferveur romantique inspirait vers le même
temps à Edmond, qui avait jadis écrit une monographie
de la Cuisinière, un travail encore inédit sur
les Châteaux d’architecture féodale. Ainsi le
même sentiment se traduisait en manifestations diverses où
chacun avait suivi son instinct. Le 5 septembre 1858 [sic], Mme
de Goncourt mourut, joignant les mains des deux frères « avec
ce regard inoubliable d’un visage de mère crucifié
par l’anxiété de ce que deviendra le jeune homme
laissé à l’entrée de la vie… »
Edmond,
attaché au ministère des Finances, donne sa démission.
Jules, l’examen du baccalauréat passé, se décide
« à ne rien faire ». Dès lors —
et que pouvait ajouter ce vœu suprême aux indissolubles liens
de la nature ? — ils s’acharnent à leur commune
besogne. Ils ont résolu d’être peintres et parcourent
la France en rapins, pris d’une « rage de dessin »
qui leur laisse à peine le loisir de noter sur leur carnet de
route le nombre de kilomètres parcourus, puis de hâtives
impressions. Mais quand ils arrivent en Alger, ils s’enivrent tant
à boire « cet air de Paradis » que le
pinceau ne leur suffit plus à évoquer leur joie
ensoleillée ; et ils écrivent des pages bien
peintes, où pour la première fois ils se révèlent,
sans se deviner. Rentrés en France, ils interrompent un jour
leur tâche d’aquarellistes pour écrire un vaudeville :
Sans titre, bientôt brûlé comme le furent
les trois actes d’un Abou-Hassan que le Palais-Royal exila.
D’En 18.., datent leurs débuts publics. Le livre
parut le 2 décembre 1851 ; le coup d’État venait
d’éclater : soixante exemplaires furent vendus. Il s’en
fallut d’un sourire interrompu de Mme Allan que La
Nuit de la Saint-Sylvestre, proverbe, ne fut jouée à
la Comédie-Française. L’acte parut dans L’Éclair,
journal hebdomadaire de la littérature, des théâtres
et de l’art, que venait de fonder le comte de Villedeuil.
Critique dramatique, silhouettes d’artistes, esthétique,
poèmes, fantaisies, polémiques, et cette célèbre
physiologie de La Lorette, les Goncourt n’y donnèrent
pas moins d’une centaine d’articles. L’Éclair
éteint, leur cousin de Villedeuil, avec Murger, Scholl,
Banville, Méry, Gozlan, Karr, créa le Paris.
Pour une citation de cinq vers de Tahureau empruntée au
Tableau historique et critique de la Poésie française
au xvie siècle de
Sainte-Beuve (couronné par L’Académie), ils furent
poursuivis en correctionnelle, assis entre deux gendarmes, bassement
insultés par un substitut, et « renvoyés des
fins de la plainte, sans dépens » par un jugement
littéraireoù on daigna reconnaître qu’ils
n’avaient pas eu l’intention d’outrager la morale publique et
les bonnes mœurs ! Lorsqu’ils cessèrent leur
collaboration, Edmond et Jules de Goncourt méditaient de longs
travaux historiques. Et ce n’est plus désormais que
capricieusement qu’ils firent œuvre de journalistes (3).
En
une brochure, La Révolution dans les mœurs (1854), ils
s’essayent à ce style à la Tacite qui donnera si
belle allure à leur Histoire de la Société
pendant la Révolution (1854) et pendant le Directoire
(1855), à ce style d’un pamphlet qu’ils auraient voulu
lancer « sous forme de Semaines critiques…, un Tableau
de Paris de Mercier où ils mêleraient un peu de
l’indignation d’un père Duchêne à leurs
visions personnelles », à ce pamphlet qu’ils
songent un moment — sous l’Empire — à publier en
Belgique, et dont À bas le Progrès ! fut,
en 1893, comme un ressouvenir. Après une plaquette sur La
Peinture à l’Exposition de 1855, un roman, Les
Actrices (4) (1856) ; après un séjour en
Italie d’où ils emportent les croquis, les analyses, les
lyrismes de L’Italie d’hier (1894), un retour au xviiie
siècle, à Sophie Arnould (1857) ; à
Watteau, à la Camargo, à la du Barry (Portraits
intimes du xviiie siècle
(1857-1858). Leur curiosité n’est pas satisfaite par des
créations si diverses. Ils portent au Théâtre-Français
une petite pièce qui y fut perdue, dont le titre même,
Incroyables ou Merveilleuses, ou Retour à
Ithaque, s’égara dans leur mémoire ; au
Vaudeville, les Hommes de lettres. Partout échecs et
refus. N’importe ! De leur Histoire de Marie-Antoinette
ils font de l’histoire singulièrement élargie,
transforment les Hommes de lettres en roman, et se distraient
du retard de ce feuilleton à la Presse en gravant les
premières eaux-fortes de L’Art du xviiie
siècle (1859-1865). À moitié composé,
le roman leur est rendu. Ils écrivent Les Maîtresses
de Louis XV, qui paraissent en deux volumes la même année
que les Hommes de lettres (5) (1860). Et il se trouva un
écrivain, Jules Janin, pour leur reprocher d’avoir, par ce
livre, poussé au mépris des lettres, eux ces intègres
et farouches artistes ! — Un succès cependant : un
succès d’estime. Puis ce sont de pénibles courses à
l’hôpital, dans la nuit, au matin sombre, pour Sœur
Philomène (1861). L’éditeur leur retourne le
manuscrit « s’excusant sur le lugubre et l’horreur du
sujet ». La Librairie Nouvelle, qui achète le
roman, fait faillite. Les Hommes de lettres leur ont coûté
500 francs, Sœur Philomène ne leur rapporte rien.
« C’est un progrès », songent-ils…
Fragment d’un ensemble qui devait comprendre l’Homme, l’État,
Paris, La Femme au xviiie siècle,
n’a pas encore paru que dans Renée Mauperin (1862)
ils étudient la jeune bourgeoisie, et descendent plus bas,
plus bas dans le cœur, avec Germinie Lacerteux (1865),
navrante histoire d’une servante qui leur fut chère, « un
bien douloureux livre sorti de leurs entrailles », ce
livre où il leur semble « réenterrer la
morte » ; Germinie Lacerteux, le livre peuple,
le livre vrai dont on ne saurait désormais oublier la date
antérieure de douze ans à celle de L’Assommoir.
Ce mois de janvier 1865 où ils donnent Germinie, le
fascicule d’Honoré Fragonard, l’eau-forte La
Lecture ne résume-t-il pas leur œuvre ? Et cette
année ne fut-elle pas glorieuse qui vit apparaître et
tomber à la Comédie-Française Henriette
Maréchal ? Adossés à un portant, les
auteurs reçoivent les bordées de sifflets « en
pleine poitrine, pâles, nerveux, mais debout, ne bronchant pas,
forçant par leur présence entêtée les
acteurs à aller jusqu’au bout », malgré
les vociférations du parterre que l’enthousiasme de
l’orchestre exalte, malgré le tumulte du poulailler, malgré
la rage d’une bataille qui n’eût pas eu de précédent
sans la bataille d’Hernani, et qui empêche pendant un
quart d’heure Got de proclamer le nom des auteurs — parce que Mme
la princesse Mathilde a protégé la pièce contre
les rigueurs de la censure ! On les avait crus bonapartistes
alors qu’ils avaient « toutes les haines de purs lettrés
pour ce gouvernement ennemi et envieux des lettres ».
Manette Salomon, « le classique de l’atelier,
sans lequel l’intimité de l’artiste se trouverait
ignorée », paraît la même année
(1865). Du Journal, ils tirent les Idées et
Sensations (1866). À Rome, ils recueillent les documents
de Madame Gervaisais (1869) ; et, de retour en France,
écrivent Blanche de la Rochedragon (La Patrie en danger)
qui, refusée au Théâtre-Français comme
trop périlleuse (Thermidor sans doute l’était
moins !), ne fut représentée qu’en 1889 au
Théâtre-Libre. De la monographie de Gavarni, qui
suivit, Edmond seul devait corriger les épreuves. Ils venaient
d’acheter à Auteuil cette maison dont le Grenier devint par
la suite le salon des idées de ce temps. Flaubert, Gavarni,
Paul de Saint-Victor, Giraud, Sainte-Beuve, les amis de la première
heure, les anciens du dîner de Magny disparus, la jeunesse et
l’élite des lettres s’y réunirent chaque dimanche.
C’est là que se recruta l’académie des Goncourt,
qu’elle se recrute encore aujourd’hui, après les vacances
ouvertes par la mort de Gautier, de Veuillot, de Vallès, de
Banville, de Barbey d’Aurevilly, par l’élection récente
— ou éventuelle — d’autres membres à l’Institut.
Le but unique de cet académie est d’assurer, grâce à
une rente individuelle de six mille francs qui sera constituée
par la fortune personnelle et par la vente des collections du
fondateur, l’indépendance de dix hommes de lettres élus
sous cette seule condition qu’ils ne soient ni politiques, ni
grands seigneurs. M. Alphonse Daudet, resté le plus cher ami
du maître, est l’exécuteur du testament qui la
constitue. Ils la paraient amoureusement, cette maison d’Auteuil,
« la maison du restant de notre vie », écrivait
Jules de Goncourt, qui bientôt, le 20 juin 1870, y mourut de la
mort si impitoyablement décrite de Charles Demailly, usé
par tant d’efforts, blessé par tant de si injustes
déceptions, l’âme en déroute…
Au
désespoir du frère resté seul s’ajoute
l’anxiété du citoyen. La guerre terminée, la
Commune vaincue, après une grave maladie, il commence La
Fille Élisa (1878), dans le malaise et la griserie de
l’enquête où il lui faut s’appliquer, sans confiance
en ce travail qui porte le deuil, avec la crainte de l’amende et de
la prison. Et si le ministère n’ordonne pas de poursuites,
c’est la petite presse à scandales qui se fait
dénonciatrice, et la critique qui ramasse et brandit
l’indignation du procureur ! L’amitié désemparée
du survivant donne aux Frères Zemganno (1879) cette
originale émotion que nul alors ne discerna. Ce qu’il avait
fait pour l’art du dix-huitième siècle, les
catalogues de l’œuvre de Watteau et de Prud’hon dressés
(1875, 1876), Edmond l’entreprend dans La Maison d’un artiste
(1881) en faveur de l’extrême Orient, et pousse plus avant
encore dans une étude sur Outamaro, le peintre des
maisons vertes (1892). Cependant, il revient à l’histoire du
théâtre d’antan avec Madame de Saint-Huberty
(1879), premier terme d’une série que complétèrent
les biographies de Mademoiselle Clairon en 1889 et de La
Guimard en 1893. C’est d’autre façon qu’il avait
rêvé de finir son œuvre historique. Une « histoire
psychologique » de Napoléon, une « monographie
de son cerveau » devait la clore dans la pensée des
deux frères. Mais ainsi revenu à ses premières
curiosités — n’avait-il pas débuté dans le
journalisme par des silhouettes d’acteurs ? — M. de
Goncourt, dans La Faustin (1882), ce livre nourri de souvenirs
où l’imagination, la poésie, prennent un jeune essor,
devait pénétrer en pleine âme de comédienne.
Déjà « le manque d’intrigue ne lui suffit
plus ». Dans son dernier roman, Chérie
(1884), il a l’audace de se renouveler. Aussi « l’éreintement »,
selon son mot, devient-il international. Puis, il semble qu’on ait
voulu lui faire payer le grand succès d’Henriette
Maréchal, successivement reprise à Paris (Odéon),
à Bruxelles et à Saint-Pétersbourg, le succès
de Renée Mauperin adaptée à la scène
par M. Henri Céard (Odéon, 1887), le succès de
Sœur Philomèneque mirent au théâtre MM.
Jules Vidal et Arthur Byl (Théâtre-Libre, 1887), par la
bataille de Germinie Lacerteux, « pièce en
dix tableaux », jouée à l’Odéon le
19 décembre 1888. Applaudissements et sifflets, coupures
exigées par le directeur, ridicules suppressions que se permit
la censure conspirèrent si bien qu’on n’entendit, à
la première, qu’une partie du drame. Les « princes
de la critique », M. Sarcey, feu Vitu, trépignèrent
sur la « chute complète et sans appel »
de Germinie, qui n’en atteignit pas moins cent glorieuses
représentations. Un certain M. Halgan qui n’avait,
confessa-t-il, pas eu « le courage » d’aller
voir la pièce, protesta au Sénat de sa pudeur outragée.
M. Audren de Kerdrel dont il faut évoquer l’éloquence
aussi — l’histoire a de telles obligations — pria que l’Odéon
fût « interdit aux barbares ! » Le
ministre de l’Instruction publique, alors M. Lockroy, défendit
la pièce de ses anciens amis. Ce qui n’empêcha pas
qu’un ordre vînt de haut lieu suspendre une « matinée »
de Germinie annoncée et affichée. Et quand,
représentée au Théâtre-Libre, La Fille
Élisa, le drame très heureusement tiré du
roman, par M. Jean Ajalbert, dut paraître devant le public, la
censure n’hésita pas à interdire le spectacle tout
entier. C’était la « contexture générale »
du drame qui mettait l’ordre et la morale en péril, cette
fois. Malgré l’ardente protestation de M. Millerand à
la Chambre, le verdict de la censure resta sans appel.
Aujourd’hui
où M. Edmond de Goncourt est, en Angleterre, l’objet
d’importantes études (6) ; où, de tous les
hommages qui lui viennent d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie, De
Russie, de Norvège, les plus précieux peut-être,
les plus significatifs à coup sûr, sont les œuvres
mêmes qu’on nous propose en exemple, toutes frémissantes
encore de son action, l’heure n’est-elle pas venue de témoigner
avec quelque solennité une admiration joyeuse, de confondre
une Œuvre et deux vies ?
JULES RAIS.
(1)
D’après le Journal des Goncourt, 1851-1888 (7
volumes, chez Charpentier, 1887-1894) ; les Lettres de Jules
de Goncourt ; Renée Mauperin ; Mon père. —
Ma mère (Écho de Paris, 27 mars 1892) et le
livre très documenté de M. Alidor Delzant : Les
Goncourt (Paris, Charpentier, 1889)
(2)
Une Rue des Goncourt a été créée à
Nancy au mois de décembre 1894.
(3)
À La Vie moderne, La Revue française, L’Artiste,
au Temps, au Figaro, à la Gazette des
Beaux-Arts, au Bien public, à la Gazette
anecdotique, au Gaulois, au Voltaire, à
L’Art, L’Écho de Paris, la Revue indépendante,
au Japon artiste, etc… Plusieurs de ces articles ont été
réunis sous le titre de Mystère des théâtres
(1852, en collaboration avec Cornélius Holff : Ch. De
Villedeuil) ; Une voiture de masques (1856, réimpression
en 1876 : Quelques créatures de ce temps) ;
Pages retrouvées(1886) ; Études d’art
(1893). Notons à ce propos que M. de Goncourt a voulu que
chacune des réimpressions de ses œuvres de jeunesse fût
présentée par un des hérauts de l’art jeune :
MM. Henry Céard, Gustave Geffroy, Roger Marx ont été
les préfaciers des Lettres de Jules de Goncourt, des
Pages retrouvéeset des Études d’art.
(4)
Réimprimé en 1893 sous le titre d’Armande.
(5)
Les éditions postérieures portent le titre de Charles
Demailly. MM. Paul Alexis et Oscar Méténier les ont
remis à la scène (Gymnase, 1894).
(6)
Edmond and Julius de Goncourt, by MM. A. Belloc and Shedlock,
2 vol. in-8°. (London, William Heinemann, 1895.)