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L’Illustration,
49e
année, n°2512, samedi avril 1891 (collection Noëlle Benhamou).
POIL ET PLUME
La grande excuse des
littérateurs qui exhibent actuellement leurs inventions plastiques
au Théâtre d’Application de la rue Saint-Lazare, c’est d’avoir
cédé à une pensée charitable : le produit des entrées est
en effet destiné à une œuvre de bienfaisance spécialement
professionnelle. Peintres ou sculpteurs, les exposants ne le sont
guère, et cela n’a rien d’étonnant, puisque la pratique
sérieuse de l’art exige de longues études qu’ils n’ont eu ni
la volonté ni le loisir de poursuivre. A deux ou trois exceptions
près, la peinture que nous voyons là est de la peinture
d’« intentionnistes » : des tableaux pensés et
qui n’ont pas voulu sortir de derrière la tête ou bien de timides
ébauches que l’auteur in peto
comme des hardiesses suprêmes défendues aux gens du métier. […]
Le plus artiste des maîtres du Louvre des
littérateurs, nous le voyons en Jules de Goncourt. Sa Vue de la rue
de la Vieille Lanterne, où Gérard de Nerval alla se pendre, est un
excellent morceau d’aquatinte ; ses eaux-fortes ont un accent
remarquable et une grande liberté de faire ; enfin, il peint
habilement à l’aquarelle.
Avec M. Edmond de Goncourt, nous rentrons dans
le monde des vivants ; il expose une délicate aquarelle
rehaussée de plume, où le portrait de son frère est
spirituellement dessiné, quoique sans grand respect pour l’anatomie
des formes. Cette œuvre, comme d’ailleurs la plupart de celles qui
sont exposées par les autres littérateurs contemporains, pêchent
par le dessin. […]
Alfred DE LOSTALOT
POIL ET PLUME.– Salon des
littérateurs-peintres, ouvert le 11 avril dans les galeries du
Théâtre d’Application.
Jules De GONCOURT. – Masque
de l’abbé Raynal.
Edmond De GONCOURT. – Jules
de Goncourt dans son salon.
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